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Catherine Spindler, présidente de Sephora Europe et Moyen-Orient: «Nous sommes convaincus que le retail physique a encore un brillant avenir»

Justine Offredi

By Justine Offredi19 février 2026

Jusqu’ici présente en Suisse dans vingt-quatre points de vente au sein des grandes surfaces Manor (groupe Maus Frères), l’enseigne de beauté locomotive de LVMH vient d’ouvrir son tout premier «flagship store» suisse au cœur de Genève. Catherine Spindler avait fait le déplacement pour l’occasion, elle livre une interview à Luxury Tribune.

Le 13 février 2026, le premier flagship store Sephora ouvrait ses portes en Suisse, à Genève, au 19 rue de la Croix-D'Or (Sephora)

Le 13 février dernier, au 19 rue de la Croix-d’Or, presse et influenceurs étaient conviés à découvrir le nouvel espace Sephora de 318 mètres carrés, en plein cœur de la rue marchande de Genève.

Catherine Spindler, présidente de Sephora Europe et Moyen-Orient (Sephora)

Alors même que le luxe souffre d’un ralentissement certain ces dernières années, le secteur de la beauté résiste plutôt bien: selon une étude du cabinet McKinsey de 2025, l’industrie mondiale des cosmétiques représente 450 milliards de dollars; elle pourrait continuer de croître de 5% chaque année jusqu’en 2030. Et sur ce point, la chaîne de magasins de beauté Sephora, propriété du groupe LVMH depuis 1997, montre une résilience intéressante. En 2025, la distribution sélective (dont Sephora est leader), réalisait les meilleures performances du géant du luxe avec des ventes en croissance organique de 4%. À titre de comparaison, les Vins & Spiritueux et la Mode & Maroquinerie reculaient chacune de 5%, et les Parfums & Cosmétiques stagnaient à 0%.

Depuis 2023, l’enseigne française, présente dans 35 pays, est sous la direction générale de Guillaume Motte, également membre du comité exécutif de LVMH. Le 27 janvier 2025, la Française Catherine Spindler devenait présidente de Sephora Europe et Moyen-Orient, succédant à Sylvie Moreau. Au sein de l’équipe de direction mondiale, sa mission est de développer l’expérience client par une approche de vente omnicanal dans les pays européens, au Royaume-Uni et dans six pays du Moyen-Orient.

Riche d’une carrière ponctuée par différents postes à responsabilité dans les grands noms de la cosmétique, de la beauté, puis de la mode en France, Catherine Spindler n’aura pas mis longtemps avant de percevoir le potentiel du marché suisse auquel elle compte bien s’attaquer. En marge de l’inauguration du magasin de Genève qui s’apprêtait à accueillir ses premiers clients, elle recevait Luxury Tribune pour une interview.

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L’enseigne Sephora est présente en Suisse depuis plusieurs années au sein de Manor, pourquoi y développer seulement maintenant un «flagship store» et quelles sont vos ambitions sur ce marché?

Quand je suis arrivée chez Sephora il y a un peu plus d’un an, relancer le marché suisse était l’une de mes priorités. Nous avons démarré en 2016 avec 24 corners dans les magasins Manor et une présence dans quelques centres commerciaux. Nous avons lancé en 2025 notre site web et maintenant ce premier flagship store rue de la Croix-d’Or. C’est une ville très intéressante par la diversité de ses clients, locaux et internationaux, particulièrement tournés vers la beauté. Nous aimerions nous implanter à Zurich dans un second temps.

Pour l'occasion, Sephora a distribué à tous les clients, et dans la ville de Genève, une gazette spéciale Sephora. Chocolats et boissons chaudes étaient offerts aux clients et passants (Sephora)

Dans un monde essentiellement numérique, quel est le rôle du magasin physique dans votre stratégie «retail»?

Nous sommes convaincus que le retail physique a un brillant avenir. Au contraire, en 2025 nous avons gagné des parts de marché dans tous les pays en Europe grâce à cela. Chez Sephora, nous faisons très peu la différence entre le monde physique et le numérique, nous parlons plus d’omnicanalité. Nous considérons que le numérique est un outil au service du retail physique, avec des moyens d’acheter en ligne depuis le lieu physique. C’est également un accélérateur de ventes à travers les outils numériques que nous mettons en place.

Quel type de clientèle le magasin physique vous permet-il de toucher?

Nous ciblons le même type de clientèle en ligne qu’en physique. Notre assortiment est tellement large qu’il nous permet d’avoir une clientèle multigénérationnelle, hommes et femmes confondus. Nous l’avons cependant beaucoup rajeunie entre 2023 et 2024 avec de nombreux lancements de marques de maquillage.

Le magasin s'étend sur un espace de 318 mètres carrés, en plein coeur de la ville de Genève (Sephora)

Quels sont vos marchés clés et prioritaires pour l’année à venir en Europe et au Moyen-Orient?

Nous avons plusieurs marchés prioritaires en Europe, à commencer par la France, qui est aussi le berceau historique de Sephora. Nous y sommes leader et nous souhaitons continuer à renforcer notre place sur ce marché. Il y a également le Royaume-Uni, qui est notre marché le plus récent, depuis trois ans seulement, mais avec de gros enjeux de développement et d’investissements. Nous avons déjà treize magasins dans le pays et projetons d’ouvrir dix nouvelles adresses cette année, dont le centre de Londres. Notre activité e-commerce y est forte. Pour finir, la Suisse, l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie sont des marchés que nous souhaiterions consolider.

Du côté du Moyen-Orient, nous sommes leaders du marché sur six pays, où nous souhaitons enrichir notre assortiment. Sur cette zone, nos produits moteurs sont les parfums et le maquillage. Nous allons continuer d’y ouvrir des points de vente et peut-être un jour de nouveaux pays. Pour finir, en Europe, nous allons ouvrir deux nouveaux marchés cette année: la Croatie en avril avec Zagreb et la Belgique en juin.

Le marché du luxe traverse indéniablement une phase de ralentissement, impacté notamment par la baisse de la consommation en Chine. En 2024, il est officiellement entré en récession, n’épargnant pas le groupe LVMH. Comment expliquez-vous les performances à contrecourant de Sephora?

Sephora performe, car le marché de la beauté est très dynamique et a connu un très fort développement post-Covid avec une explosion du nombre de marques et une attente très forte de la part des consommateurs. Nous savons comment nourrir notre distinctivité en amenant de nouvelles marques tout en continuant à développer des partenariats de long terme. Notre force réside aussi dans nos équipes présentes sur les points de vente, nous disposons d’un grand savoir-faire en termes de formation et de développement de nos talents, avec la Sephora University notamment.

Percevez-vous le ralentissement de la demande pour les produits de luxe dans vos ventes?

Disons que l’on voit beaucoup de marques alternatives se développer, mais pour autant, le parfum de niche, très luxe, n’a jamais été aussi fort qu’aujourd’hui, et notamment auprès des jeunes. Certaines marques, luxe ou non, ne nourrissent pas assez leur distinctivité et ne renforcent pas assez leur proposition de valeur, c’est certain.

Quelle est la tendance actuellement en termes de soins, de maquillage et de parfums et quelle est votre gamme de produits moteurs?

Nous avons observé une grosse montée du maquillage depuis trois ans, car beaucoup de marques se sont lancées, mais les soins et les parfums restent notre moteur, notamment au Moyen-Orient.

En matière de soins, il y a des tendances de fond à ne pas manquer comme la Korean beauty à laquelle nous avons consacré un univers entier dans notre magasin de Genève, par exemple. C’est une catégorie qui ne fait que se renforcer, tout comme la vague de fond sur la longévité qui préoccupe tout le monde, même les jeunes, et qui s’étend au-delà du soin.


Les marques portées par des personnalités publiques sont très tendance. Rhode, à droite, fondée par Hailey Bieber en est un bon exemple. De son côté, Sol de Janeiro, lancée en 2015, séduit grâce à ses soins iconiques et à sa forte présence sur les réseaux sociaux (Rhode/SDJ)

Côté parfums, nous observons deux tendances: le positionnement de niche et les nouveaux entrants qui bougent les lignes du marché, comme Kayali ou encore Rare Beauty qui a lancé son parfum à l’été 2025. Le layering (la personnalisation à travers le mélange de plusieurs parfums, ndlr) en parfumerie de niche sera l’une des tendances les plus importantes de ces prochaines années.

Également, le soin des cheveux fera partie des axes qui vont se développer avec de nouvelles marques qui vont arriver.

Observez-vous l’impact des tendances Instagram et TikTok en matière de soin et beauté sur vos ventes?

La gamme Sephora collection permet de tester des choses originales, comme la collaboration avec Tabasco, ci-dessus, avec des lip gloss repulpant (Sephora)

Oui, totalement, de nombreuses tendances commencent sur ces réseaux et les marques travaillent très habilement avec. L’effet de ces tendances est immédiat et peut être ultracourt comme durable. Nous avons d’ailleurs créé une table «Hot On Social» en magasin, car de plus en plus de clients entrent en magasin avec une idée très précise du produit recherché. Nous faisons évoluer cette offre en fonction des tendances, avec des personnes dédiées qui font de la veille quotidienne. Cela permet d’orchestrer le merchandising et de rester bien au fait des tendances. Nous observons par ailleurs qu’en Europe, il y a une forte influence des tendances américaines et asiatiques.

Avez-vous observé des marques qui se sont lancées grâce aux réseaux sociaux ou d’autres, plus historiques, qui se sont relancées?

Sol de Janeiro utilise beaucoup les réseaux sociaux. Sa progression a été nourrie par le numérique. Concernant les marques plus installées, nous remarquons une implantation plus récente sur ces réseaux. Il y a aussi des success-stories comme Rhode, fondée par Hailey Bieber. Ces marques créées par une personnalité publique sont très tendance, mais fonctionnent uniquement s’il y a de l’authenticité dans la démarche et une incarnation forte.

Quel est l’objectif avec votre gamme Sephora collection?

Cette gamme existe depuis toujours et fait partie de l’identité, avec cette volonté à la fois d’apporter une complémentarité aux autres marques et d’offrir une certaine accessibilité. Elle nous permet aussi de tester des choses plus originales, comme, dernièrement, notre collaboration avec Tabasco pour nos lip gloss.

Pour animer la presse et influenceurs, des performeurs, danseurs, DJ et photographe étaient présents en magasin lors de l'inauguration (Sephora)

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