Le microbiome, au cœur des innovations stratégiques des géants de la beauté
Le microbiome, l’écosystème de micro-organismes vivant sur la peau et dans l’intestin, s’impose aujourd’hui comme une source inépuisable d’innovations pour les géants de la beauté et même de la mode. Parmi eux, Shiseido, L’Oréal, mais aussi Coperni capitalisent sur ses pouvoirs.
Le secteur de la dermocosmétique en croissance
Avec Gallinée, nous avons été les premiers à capitaliser sur les bactéries et le microbiome
Dr Marie Drago, fondatrice de la marque Gallinée (Gallinée)
Pionnière du domaine du microbiome cutané, la docteure en pharmacie Marie Drago, fondatrice de la marque Gallinée il y a dix ans – aujourd’hui propriété du groupe japonais Shiseido – raconte: «Avec Gallinée, nous avons été les premiers à capitaliser sur les bactéries et le microbiome. À l’époque, personne ne comprenait vraiment de quoi il s’agissait. Nous avons été capables de développer de la propriété intellectuelle sur nos recherches, une démarche plutôt rare pour une marque indépendante. Le fait d’avoir été pionniers, d’être invités à tous les grands congrès scientifiques dans le domaine nous permet de garder une belle longueur d’avance sur la recherche. Comme L’Oréal ou Unilever, j’ai accès à toutes les nouvelles idées sur le microbiome, et mes compétences en marketing et en création de produits me permettent d’aller plus vite sur les développements. Gallinée est une petite marque, cela donne un avantage de flexibilité.»
C’est bien là tout l’attrait de la marque aux yeux du groupe Shiseido, qui bénéficie des meilleures avancées, grâce à ce laboratoire très prolixe. Marie Drago, aujourd’hui directrice de la création chez Gallinée poursuit: «Shiseido a l’ambition de se développer dans le secteur pharma de la beauté, qui marche très bien, mais c’est aussi tout le volet de la propriété intellectuelle qui l’intéresse. Mes brevets sont aujourd’hui intégrés au groupe et Shiseido commence à développer des produits en lien avec mes innovations. De notre côté, pouvoir accéder à un écosystème de recherche exceptionnel est très précieux. Lorsque j’ai visité le laboratoire Shiseido de Yokohama, j’ai pu observer 900 chercheurs à l’œuvre, au cœur d’un immeuble ultramoderne. C’est très intéressant!»
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Le rachat de Gallinée par Shiseido en 2022 illustre l’appétit du secteur pour le domaine. «Le microbiome est une science jeune, mais elle avance vite, explique Marie Drago. Il y a dix ans, la bactérie de l’acné était considérée comme mauvaise. Aujourd’hui, on sait qu’elle peut produire des molécules anti-âge et anti-inflammatoires.»
L’Oréal, numéro 1 mondial de la beauté, n’est pas en reste dans la recherche sur le microbiome. Sa communication la mentionne même comme stratégique: «Nous sommes à l’aube d’une cosmétique «nouvelle génération» qui utilisera le microbiome de la peau pour apporter de nouvelles performances aux produits.» Pour le groupe, maîtriser la composition de cet écosystème présent à la surface de la peau pourrait permettre de prévenir la plupart des désordres cutanés connus, entre autres comme l’eczéma. Et même influer sur le recul de l’apparition de certains signes de l’âge.
La nutrition est une vraie science, les prébiotiques et les probiotiques ont des résultats mesurables
Dr Marie Drago, fondatrice de la marque Gallinée
Dans un secteur où la différenciation passe par la preuve, la biotechnologie est un levier de croissance, mais aussi de crédibilité: «J’avance avec les meilleurs labos du monde sur les tests bactériens, explique Marie Drago, mais nous sommes tributaires des avancées scientifiques. Pendant des années, on a su identifier les bactéries, mais il n’y avait aucun moyen de mesurer leur nombre. Depuis quatre ans, on peut le faire. La science avance et répond peu à peu à nos besoins. Mais sur d’autres, rien n’existe encore. Par exemple, je souhaiterais mesurer quels sont les lipides produits par la peau, mais aucun test n’existe encore…»
Des vêtements pour prendre soin de la peau
Je pense que l’avenir de la beauté ne sera pas forcément uniquement dans des crèmes [...] tout ce qui touche la peau a le potentiel de devenir un geste beauté
Dr Marie Drago, fondatrice de la marque Gallinée
Compléments alimentaires, cosmétique sur mesure: des business qui montent
Connaître son microbiome pourrait-il être le graal ultime des laboratoires pour une cosmétique sur mesure? Chez L’Oréal, cela semble être une piste sérieuse. Luc Aguilar, directeur de la recherche clinique et biologique pour le groupe explique dans un communiqué: «Chaque microbiome est unique, ce qui ouvre la voie à des routines de soin individualisées. Son étude peut permettre de réinventer les cosmétiques par une meilleure personnalisation des produits, en donnant à nos consommateurs exactement ce dont ils ont besoin en fonction de l’écosystème vivant sur leur peau.» Lorsque l’on pose la question à Marie Drago, la réponse est plus nuancée: «Non, pas vraiment. Je suis une industrielle, et à ce titre, développer la personnalisation sur le plan industriel ne me paraît pas très crédible. Pour moi, les graals sont ailleurs. J’aimerais développer des filtres solaires sur le concept des microbiomes, puisqu’un microbiome en bonne santé protège des UV. Nous avons lancé des concours d’innovation grâce au groupe Shiseido, l’année dernière. Nous avons souhaité regarder comment les bactéries résistent aux UV, quelles protéines, quels lipides, et quoi faire pour ne plus avoir de débat entre filtre solaire minéral ou chimique, mais une troisième voie, avec un filtre solaire biologique. C’est mon graal, et cela fait dix ans que j’en rêve. J’attends que la science avance, ainsi que les règlementations. En Europe, elles sont extrêmement strictes. Enregistrer un nouveau filtre solaire prend quinze ans.»
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