Audemars Piguet dévoile sa stratégie 2026 au cœur des Alpes
Au cœur des Alpes, dans un lieu tenu secret, entre les cols du Saint-Gothard, de la Furka et de l’Oberalp, Audemars Piguet a donné rendez-vous à la presse mardi 3 février dernier pour dévoiler les nouveautés horlogères 2026. Ilaria Resta, CEO de la marque depuis deux ans, a profité de ce rendez-vous baptisé « AP Social Club » pour présenter ses stratégies à venir.
La découverte des nouveautés 2026, savamment orchestrée en une suite d’ateliers disposés sur des centaines de mètres carrés, a permis à la marque de déployer la palette la plus large possible de métiers et de savoir-faire, et de sensibiliser la presse, puis les clients, à l’ampleur de ses compétences horlogères. Déjà présentés lors de ses expositions dédiées aux célébrations de son 150e anniversaire, dont celle de Shanghai qui avait réussi à attirer 50'000 personnes, les ateliers étaient animés par les collaborateurs de la marque, venus nombreux en renfort. Mêlant nouveautés horlogères et expertises maîtrisées en interne dans ses manufactures du Brassus et du Locle, cette démonstration de force était alignée avec les stratégies à venir d’Audemars Piguet: «Ouvrir l’horlogerie au plus grand nombre, décloisonner les savoirs pour les rendre accessibles à tous les curieux et passionnés de montres, qu’ils soient clients ou non», a expliqué Ilaria Resta dans son discours inaugural.
La philosophie des Fab Labs est de pousser les prototypes et les modèles en pleine création, qui ne verraient peut-être jamais le jour commercialement, afin de les mettre en lumière et de permettre de faire naître le débat, l’intérêt sur certaines pièces
Ilaria Resta, CEO d'Audemars Piguet
Ces deux jours de découvertes ont permis de prendre connaissance du cru horloger 2026 de la marque: beaucoup de montres à complications, des cadrans squelettés ou en pierres fines, une nouvelle montre de forme rectangulaire inspirée d’un modèle de 1929 et une montre de poche parmi les plus complexes que l’horlogerie connaisse. Des modèles de haute horlogerie, fabriqués dans des matériaux nobles comme le platine ou l’or, et à des prix qui pourront, pour certaines, comme la montre de poche, atteindre plus d’un million de francs suisses. De quoi poursuivre la hausse du prix moyen de la marque et espérer atteindre, à nouveau en 2026, une augmentation de 10% du chiffre d’affaires.
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Deux modèles ont particulièrement retenu l’attention: la Neo Frame Jumping Hour et la montre de poche en platine 150 Heritage. La toute nouvelle montre de forme rectangulaire Neo Frame est une inspiration du modèle vintage Streamline de 1929, alors réalisé en or jaune et blanc. La version moderne, intégrant un mouvement à heure sautante, en or rose et saphir, est plus grande que la version ancienne. «Quand vous regardez les collections dans notre histoire, plusieurs montres de forme ont existé», a expliqué Ilaria Resta face à quelques membres de la presse, dont Luxury Tribune. «Il est vrai que cela faisait un moment que nous n’offrions pas une telle forme. Pour autant, nous ne l’avons pas créée pour répondre à une demande, ni pour suivre une tendance, ce n’est pas notre façon de faire, car les tendances viennent et disparaissent. Ce que j’aime dans la Neo Frame, c’est qu’elle est inspirée par le passé et retravaillée de manière contemporaine, intégrant notamment une partie du boîtier en saphir, très complexe à réaliser.»
Sur sa forme pure, dont les lignes du boîtier de style Art déco sont soutenues par des godrons, elle poursuit: «Je pense qu’il y a un retour à la discrétion, à l’élégance, à la pure simplicité dans la forme horlogère. La Neo Frame correspond, dans sa taille et sa forme, à notre plus large audience, mais nous allons continuer à la faire évoluer si elle rencontre le succès. Elle est équipée d’un mouvement in-house. Notre désir est de progresser dans la réalisation de mouvements maison, y compris dans leur miniaturisation, pour intégrer de plus petites montres, sans pour autant abandonner le quartz; ce dernier occupe un rôle clair dans notre architecture de marque.»
La montre de poche 150 Heritage, dotée d’un calendrier universel, regroupe, elle, un nombre important de complications. Elle introduit pour la première fois un calculateur manuel visible côté fond et indépendant du mouvement, qui offre un aperçu panoramique des cycles célestes ayant présidé au développement des célébrations culturelles du monde entier. Dotée de 47 fonctions dont 30 complications, elle est produite en deux exemplaires en platine, dont une exécution unique pour le musée Audemars Piguet. Elle sera suivie d’une série d’exemplaires en or blanc.
Cette montre de poche est une des révélations des capacités d’innovation de la marque. Sur ce point, Audemars Piguet, au cœur de sa nouvelle manufacture de l’Arc, a d’ailleurs développé des unités spéciales dédiées exclusivement à la recherche. Ilaria Resta poursuit: «La philosophie des Fab Labs est de pousser les prototypes et les modèles en pleine création, qui ne verraient peut-être jamais le jour commercialement, afin de les mettre en lumière et de permettre de faire naître le débat, l’intérêt sur certaines pièces, à l’image de la montre en carbone. C’est une expérimentation, mais qui repousse la frontière des possibles. Nous ne le faisons pas simplement pour le plaisir d’innover, chacune doit avoir un but clair.»
Dernier point sur lequel Ilaria Resta a souhaité insister : le rajeunissement des communautés adeptes de la marque du Brassus. «Nous avons réduit la moyenne d’âge des acheteurs d’Audemars Piguet. C’est une tendance générale. La génération Z se détourne de la complète digitalisation du monde et cherche des expériences réelles, aussi avec des montres à indication mécanique analogique. Ils ont un intérêt pour l’histoire, le récit, l’authenticité et le savoir-faire. Audemars Piguet leur apporte cela. Nous voyons que des clients issus de la Gen Z viennent d’eux-mêmes nous voir, sans le concours ou l’influence des parents. Et nous le constatons surtout aux États-Unis et en Asie. C’est peut-être aussi parce qu’on y voit un intérêt poussé pour le vintage, car la jeune génération est très ouverte à la découverte, à se laisser surprendre, en fonction du storytelling qu’ils perçoivent.»
À la question de savoir si l’intégration du marché du CPO (Certified Pre-Owned) sera prête bientôt, la réponse est oui.
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