L’Amérique latine: le Mercosur ouvre des perspectives majeures pour le marché du luxe
By Eva Morletto19 janvier 2026
L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur a été signé samedi dernier. En supprimant plus de 91% des droits de douane entre les deux zones, il devient une opportunité stratégique cruciale pour l’industrie du luxe européen, à condition d’être bien exploité.
Si les flux commerciaux UE-Mercosur ont atteint environ 111 milliards d’euros en 2024, c’est essentiellement dans l’industrie manufacturière que l’Union place ses espoirs, avec une progression des exportations prévue de près de +39 % d’ici 2040 (soit environ 49 milliards d’euros supplémentaires) grâce à la libéralisation des échanges.
Le marché mondial du luxe avoisinait près de 400 milliards de dollars en 2025 et pourrait dépasser 670 milliards d’ici 2035, selon une dynamique de croissance moyenne de plus de 6% par an. L’Europe domine encore la production de ce secteur, grâce aux géants LVMH, Kering, Hermès ou encore Richemont, qui captent une part significative des revenus.
Pour ces groupes, l’accord qui élimine les tarifs actuellement compris entre 8% et 12% sur les vêtements et accessoires, puis jusqu’à 35% sur certains produits manufacturés, constitue un gain de compétitivité-prix non négligeable à termes, jusqu’à élimination totale des droits d’ici 2033 pour l’habillement et la maroquinerie exportés vers le Mercosur.
La disparition progressive de droits de douane pourrait générer jusqu’à 4 milliards d’euros d’économie annuelle pour les exportateurs européens, un avantage significatif pour des produits de luxe sensibles aux fluctuations tarifaires.
Le bassin commercial incluant le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay couvre un marché de plus de 700 millions de consommateurs, dont le potentiel d’aspiration au luxe est important, grâce à une amélioration progressive du pouvoir d’achat dans les grandes métropoles (São Paulo, Buenos Aires, Montevideo). L’accord permettrait à des marques européennes de renforcer leur présence en boutique et sur tous les canaux de vente. Les montres de luxe et bijoux, typiquement sensibles aux tarifs, pourraient quant à eux voir une amélioration de compétitivité de prix de 8% à 12% par rapport à la situation pré-accord.
En revanche, ces réductions tarifaires ne se traduisent pas automatiquement en croissance de parts de marché: le poids actuel des exportations de produits de luxe européens vers le Mercosur reste faible comparé aux flux vers les États-Unis ou l’Asie, mais le potentiel d’accélération est réel, notamment si la classe moyenne supérieure continue de croître en Amérique du Sud.
Un autre point important qui est au cœur de l’accord de libre-échange concerne le renforcement des règles sur la propriété intellectuelle et les indications géographiques: des mesures qui protègent les appellations prestigieuses des secteurs des parfums, des grands crus ou encore du champagne. C’est essentiel pour des maisons comme Chanel, Hermès ou Moët & Chandon, où la notion de marque compte autant que le produit.
Toutefois, si sur le long terme le Mercosur offre une plateforme d’accès tarifaire privilégiée à un marché de centaines de millions de consommateurs encore sous-exploité par le luxe européen, il reste à transformer cette fenêtre d’opportunité en stratégies locales concrètes (communication efficace, renforcement des identités de marque et de leur héritage), un défi autant commercial, que culturel pour les grandes maisons de luxe européennes. La France pourrait être la grande gagnante de ces opportunités avec des exportations de produits de luxe estimées à 22 milliards par an.
Partager l'article
Continuez votre lecture
Accord UE-Mercosur: un nouveau souffle pour le luxe européen?
Ce mercredi 3 septembre, le tant attendu Mercosur, l’accord international entre Union européenne et Amérique latine, a été approuvé par la Commission réunie à Bruxelles.
By Eva Morletto
Saks Global dépose le bilan
Le groupe de grands magasins de luxe Saks Global, propriétaire de Saks Fifth Avenue, Neiman Marcus et Bergdorf Goodman, s’est déclaré en faillite selon le Chapitre 11 du droit américain, ce mercredi 14 janvier, devant le tribunal américain des faillites du sud du Texas. Cette mesure permet à une entreprise de continuer à fonctionner tout en réorganisant ses dettes.
By Eva Morletto
Newsletters
Cet article vous plaît ?
Inscrivez-vous à nos newsletters pour recevoir les dernières publications et analyses selon nos 4 thématiques: