Voyage & Bien-être

Simone Gibertoni, CEO de la Clinique La Prairie: «Nous construisons un écosystème mondial de la longévité»

Entre les ouvertures de cliniques et de Longevity Hubs, la création d’un fonds d’investissement et un projet de résidence immobilière, Simone Gibertoni accélère le déploiement de La Clinique La Prairie à l’international. Face à l’arrivée de nouveaux acteurs dopés à l’intelligence artificielle, le groupe suisse renforce son modèle ultra-premium fondé sur l’expertise médicale, l’innovation technologique basée sur la longévité et l’expérience client.

Simone Gibertoni, à la tête de la Clinique La Prairie depuis 2016, accélère le déploiement du groupe suisse à l'international (CLP)

CHF 32 000

Prix moyen d'un programme Longevity pour une semaine à la Clinique La Prairie

CHF 500 M

Montant des investissements pour la nouvelle Health Resort Clinique La Prairie en Arabie saoudite

CHF 75 M

Premier round d'investissement du fonds avec clôture au printemps 2026

Le premier round d’investissement est établi à 75 millions, le deuxième à 200 millions et le troisième à 300 millions de francs suisses

Simone Gibertoni, CEO de La Clinique La Prairie

Depuis 2016, Simone Gibertoni, à la tête de la Clinique La Prairie, développe sans relâche les piliers qui fondent la notoriété de la clinique née au bord du lac Léman en 1931, sur la Riviera vaudoise. Détenue depuis les années 1970 par la famille suisse Mattli, la clinique compte toujours un de ses membres - Gregor Armin Mattli – à la présidence de son conseil d’administration. Depuis plus de 90 ans, la longévité est au cœur des programmes de l’établissement montreusien qui attirent les fortunes du monde entier.

Pour un prix moyen de 32 000 francs la semaine, vivre mieux et plus longtemps est devenu le graal, plus que la chimère de la vie éternelle. Régénération cellulaire selon les dernières technologies, immunité, prévention, performances cognitives, nutrition, gestion du stress, sommeil, mais aussi soins hospitaliers dans ses unités de médecine spécialisée, tout est fait pour que le client ressorte transformé.

Deux ouvertures de cliniques La Prairie sont prévues cette année à AMAALA, en Arabie saoudite, à gauche, et sur l’île de Phuket en Thaïlande, à droite (CLP)

Défié par les nombreux nouveaux acteurs du marché boostés à l’intelligence artificielle qui viennent nourrir une guerre des prix toujours plus féroce, Simone Gibertoni a pris le parti d’accélérer l’exportation du modèle haut de gamme de La Praire à l’étranger. Si la Chine a accueilli sa première clinique en 2024 dans la région d’Anji, dans la province du Zhejiang (Chine), à environ 180 km à l’ouest de Shanghai, deux autres ouvertures sont prévues en 2026, dans des régions stratégiques du globe: AMAALA, en Arabie saoudite, sur la côte nord-ouest de la mer Rouge et sur l’île de Phuket en Thaïlande.

Aujourd’hui, un autre sujet vient renforcer le pôle stratégique de la clinique: la création du «Longevity Fund», un fonds d’investissement actuellement mis sur pied. Rencontre avec Simone Gibertoni, dont les visions stratégiques - à très long terme – sont là aussi pour défier les prévisions de santé du secteur. 

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Quelles sont aujourd’hui vos stratégies de développement?

Le programme Brain Potential est une offre de 7 jours à la Clinique La Prairie visant à évaluer, protéger et optimiser la santé cérébrale et les fonctions cognitives (CLP)

Simone Gibertoni. Nous comptons quatre piliers de développement, dont celui d’ouvrir, à l’étranger, de nouvelles cliniques médicalisées et centre de wellbeing que nous appelons Health Resort Clinique La Prairie, à l’image du site historique de Montreux. Ce modèle, en asset light, représente un investissement majeur puisqu’il varie entre 120 millions (pour la clinique en Thaïlande de 45 chambres) et 500 millions de francs (la clinique en Arabie saoudite de 50 chambres). Ce modèle nécessite que nous trouvions le partenaire adéquat disposé à investir selon notre modèle positionné sur un prix premium et peu de clients. Notre deuxième pilier, également en asset light, est basé sur l’ouverture de nos Urban Centers, à l’image du Longevity Hub by la Clinique La Prairie à Madrid, une marque à part, au positionnement davantage tourné vers le soin et le suivi du client au plus près de son lieu de vie, et qui représente entre 10 et 40 millions d’investissement. Nous privilégions aujourd’hui l’ouverture de ces centres dans de nouveaux établissements hôteliers, qui misent sur la construction de très grands espaces bien-être spa et souhaitent intégrer des traitements liés à la longévité. C’est un concept qui offre nos quatre typologies d’approche de la longévité, y compris la présence de médecins, le stem Cell, le wellbeing, la nutrition, etc, en résumé de petites cliniques. Le Longevity Hub ouvert au One&Only de Dubaï sur 4000 mètres carrés, en est un parfait exemple. Le troisième s’appuie sur notre collection de compléments alimentaires pour la longévité Holistic Health. Déjà disponible depuis plusieurs années en Europe, nous avons désormais obtenu les autorisations nécessaires pour sa commercialisation aux États-Unis ainsi qu’aux Émirats arabes unis. L’ultime pilier concerne la création du fonds d’investissement.

La commercialisation de compléments alimentaires font partie des quatre piliers de développement de la Clinique La Prairie (CLP)

Pouvez-vous nous donner des détails sur ce fonds d’investissement?

Les technologies innovantes liées à la régénération, à la nutrition, au wellbeing et au mouvement sont aux centres des programmes de longévité. Partant de ce principe, et constatant la rapide évolution dans ces domaines, le fonds est une initiative dont la vision est d'investir dans des entreprises en phase de démarrage proposant des technologies de longévité ultra-innovantes dans ces quatre secteurs, et de permettre leur transformation en applications concrètes. Pour cette raison, nous avons souhaité intégrer dans l’élaboration de ce fonds deux personnalités de premier plan: Stefan Catsicas, biologiste moléculaire suisse spécialisé en neurosciences et Max Gottschalk, investisseur réputé. Nous comptons également un grand groupe dont je ne peux pas communiquer le nom. Le premier round d’investissement est établi à 75 millions, le deuxième à 200 millions et le troisième à 300 millions de francs suisses. Nous pensons clore le premier tour dans deux mois, avec cinq ou six investisseurs, mais nous comptons trente-cinq acteurs intéressés à rentrer dans les suivants.

La stratégie est-elle de viser avant tout les clients de la Clinique La Prairie?

C’est une bonne question. Mon idée de départ était effectivement de viser prioritairement nos clients, mais en réalité, l’intérêt provient davantage du monde institutionnel.

Pour quelle raison?

Initialement, les visées étaient bien inférieures aux 300 millions et il était donc possible de s’appuyer sur nos clients. Aujourd’hui, l’intérêt vient de fonds de pension, et de groupes opérant dans la cosmétique ou le wellness. La longévité bénéficie d’un fort pouvoir d’attraction, mais très peu d’acteurs maîtrisent ce domaine, car il implique le contrôle de technologies spécifiques, la faculté de déployer du personnel de santé, mais également l’intégration de capacités hôtelières et d’hospitalité au sens large. La Clinique La Prairie maîtrise ces trois piliers. Actuellement, tout le monde cherche l’expérience ultime dans le secteur du luxe - un mot que je trouve aujourd’hui très galvaudé.  Mais y a-t-il meilleure expérience que celle qui vous permet de vivre mieux et plus longtemps? La détente et le repos se transforment aujourd’hui en une remise en forme et réinitialisation de nos capacités physiques, et mentales. C’est le futur.

Quelle est la position de la famille propriétaire de la Clinique La Prairie, habituellement très discrète?

Elle est effectivement très discrète, mais accueille avec intérêt ces stratégies.

Quelles ont été vos résultats pour l’année 2025?

Ils ont été exceptionnels, 2025 ayant été une année record, également en volume de clients; je ne peux pas vous donner de chiffres précis malheureusement, mais je peux vous confirmer que l’EBITDA a augmenté de plus de 30%. Nous avons deux typologies d’affaires différentes comme vous le savez: celle concernant l’unité médicale accueillant les patients de la région, qui représente 35% du chiffre, et celle tournée vers nos clients internationaux qui draine 65% des affaires. Et nous sommes particulièrement satisfaits des résultats de notre unité hospitalière, car comme vous le savez, le secteur de la santé publique n’est pas en très grande forme en Suisse.

Quel est votre prix moyen et a-t-il augmenté?

Oui, si je dois le comparer à 2019 - une année de référence pour nous – il a augmenté de manière substantielle.

Pouvez-vous le communiquer et combien de clients comptez-vous par année?

Le prix moyen d’un séjour d’une semaine par personne, pour ceux qui suivent un programme chez nous, est de 32'000 en , alors qu’il était de 22'000 dollars en 2019, donc une augmentation de 45%. Et nous comptons près de 2000 clients par an, y compris les accompagnants. Notre stratégie initiale, qui était de réserver les programmes les plus complets à Montreux et de profiler d’autres offres telles que le Master Detox dans nos resorts à l’étranger, reste valable.

Institution de renommée mondiale fondée en 1931 par le Dr Paul Niehans, la Clinique La Prairie se situe à Montreux, en Suisse (CLP)

Comment est structuré votre modèle d’affaires pour les cliniques resorts à l’étranger?

Il est en asset light, basé sur un contrat de management, c’est-à-dire que nous gérons toutes les unités ouvertes à l’étranger. Nous avons tenté une expérience en franchise, mais ce n’est pas notre volonté de poursuivre dans cette voie. Un contrat de management implique des fees, qui varient en fonction de la taille du resort et du chiffre d’affaires (entre 40 et 60 millions de francs). Je peux vous donner un chiffre indicatif sans vous révéler le revenu brut ni le pourcentage exact: pour une grande ouverture, il se situe entre cinq et huit millions de fees.

Ces cliniques sont-elles majoritairement des résidences?

La Chine a accueilli sa première clinique La Prairie en 2024 dans la région d’Anji, dans la province du Zhejiang, à environ 180 km à l’ouest de Shanghai (CLP)

En Chine, notre clinique compte 29 villas individuelles; AMAALA en Arabie saoudite comptera des chambres et des villas, y compris des résidences en vente, tout comme Phuket en Thaïlande. Il faut préciser que la vente de villas n’est pas notre modèle d’affaires habituel. Par contre, nous avons un grand projet immobilier de résidences Clinique La Prairie, en asset light, que nous n’avons pas encore commencé à présenter. Il ne sera pas comparable à celui d’une marque de luxe, comme il en existe beaucoup, mais sera accompagné de services et de compétences bien plus élargies, uniques à La Clinique La Prairie, permettant d’inclure les services de nos Longevity Hub.

Les investisseurs, Sunjoy Group en Chine, Red Sea Global en Arabie saoudite et Montara hospitaliy Group en Thaïlande ont-ils des exigences particulières?

Les cliniques resorts s’appuient toujours sur une proposition de programmes Clinique La Prairie, mais travaillés selon les lieux, avec une offre sur-mesure en fonction de la destination.

Quelles sont les prochaines ouvertures prévues?

Nous venons de signer l’ouverture d’un Longevity Hub à Hudson Valley aux États-Unis en 2028, dans un nouvel établissement hôtelier One&Only en collaboration avec deux partenaires dont Noland Reynolds International. Un magnifique lieu à une heure et demie de New York, en pleine forêt, sur l’Hudson River. Nous avons également un certain nombre de nouvelles ouvertures de cliniques à l’étude, cependant, cette accélération est directement liée à notre capacité d’accroissement de nos équipes.

Quels sont les grands défis qui vous attendent?

À Dubaï, La Prairie a ouvert un Longevity Hub au sein du complexe de luxe One&Only, sur 4000 mètres carrés (CLP)

L’intelligence artificielle dans le secteur de la santé. C’est une problématique qui disrupte totalement le secteur, et dans le segment de la longévité, elle est en train de la transformer en un produit accessible. Tous les traitements qui pouvaient coûter 1000 francs, valent aujourd’hui 100 francs et s’il y avait un centre de longévité dans une ville, aujourd’hui on en compte plus de deux cent, rien qu’à Dubaï. Tous ne pourront survivre. Beaucoup, avant de fermer, tenteront de baisser les prix. C’est donc un grand problème de marchandisation de la longévité. Cependant, La Clinique La Prairie a fait le choix inverse, en amenant plus de soins, plus de qualité et plus d’humain, face à la machine. Notre modèle fonctionne et notre stratégie est de l’élever.

Quelle est donc votre plus-value face à l’IA?

La partie médicale de la Clinique La Prairie représente 35% du chiffre d'affaires (CLP)

La transformation du client sur le long-terme, en étant à ses côtés à chaque instant de sa vie, en accompagnant son chemin vers le mieux vivre. C’est ce qu’il y a de plus complexe, car cela implique d’être présent avec une expertise, un hub ou une clinique non loin de son lieu de vie. Diagnostique, intervention et suivi sont les trois étapes de notre savoir-faire.

En termes de concurrence potentielle, quels sont les grands acteurs qui aujourd’hui rentrent dans le business de la longévité?

Le secteur de l’hospitalité type Mayo Clinic, les grands groupes Tech, mais également les grands players de la nutrition et de la cosmétique, mais tous manquent de connaissances et d’expertise sur l’un ou l’autre des volets à maîtriser qui vont de la santé, la maîtrise des technologies à l’hospitalité en passant par l’expérience.

La longévité est-elle réservée aux riches?

Non, et je vais vous expliquer pourquoi. Il y a encore dix nous faisions face à un problème de surpopulation. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Pourtant, le PIB ne peut croître que grâce à la productivité et le nombre de personnes. Nous sommes dès lors condamnés à vivre mieux et plus longtemps. En moyenne, les gouvernements investissent seulement 4% dans la médecine préventive ; il faut que les politiques sanitaires changent pour tous. Je rêve de créer des programmes de longévité beaucoup plus accessibles, mais cela ne peut être avec la marque La Clinique La Prairie. Nous sommes d’ailleurs en discussion avec le conseil d’administration. Dans 15 ans, la planère comptera un milliard de personnes de plus ayant 65 ans ou plus. Mais malgré cela, je crois que nous assistons à une super-bulle de la longévité, qui va exploser à termes. Ensuite seulement, une nouvelle croissance saine et solide du secteur sera possible. Mais cela n’empêche pas l’accélération des innovations, au contraire. Sans croire à la vie éternelle, l’éternelle chimère, beaucoup de nouvelles tendances très intéressantes sur la longévité se dessinent!

Un nouveau Longevity Hub de Clinique La Prairie ouvrira ses portes à Beijing en avril 2026 (CLP)

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