La santé mentale, un marché à 537 milliards qui intéresse les cliniques de luxe
Face à l’explosion mondiale des troubles de santé mentale, les cliniques de luxe se positionnent sur un marché en plein essor. À Montreux, la Clinique La Prairie lance Life Reset, son premier programme dédié à la santé mentale, conçu par Olga Donica et fondé sur un modèle scientifique de neuf piliers.
$6 800 Mia
Valeur de l'économie du bien-être en 2024
7,6%
Croissance annuelle prévue sur les 5 prochaines années de l'économie du bien-être
9 pilliers
Les fondamentaux sur lesquels est basé le programme Life Reset de La Clinique La Prairie
La santé mentale est aujourd’hui au cœur des préoccupation de santé publique, dont l’ampleur mondiale depuis le Covid rejoint des niveaux jamais atteints. Stress chronique, problème de sommeil, dépendances sont démultipliés par les modes de vie modernes et concerneraient plus d’un milliard de personnes. Les demandes en prise en charge explosent. De fait, le marché pourrait atteindre 537 milliards de dollars d’ici 2030 selon Allied Market Research (2021). Pour y répondre, des établissements de santé publiques, mais également cliniques, instituts privés et resorts hôteliers proposent des solutions, à des niveaux de prise en charge très variés, pour améliorer le bien-être. Très intéressé depuis une décennie par ce secteur en pleine expansion, le luxe ne se limite plus à l’objet matériel ou au statut, mais intègre le well-being global, tant physique, que mental ou émotionnel.
Le rapport Global Wellness Economy Monitor 2025 révèle que l'économie du bien-être a doublé depuis 2013 et atteint un nouveau sommet de 6 800 milliards de dollars en 2024. Elle devrait connaître une croissance annuelle de 7,6 % au cours des cinq prochaines années, pour atteindre environ 9 800 milliards de dollars en 2029. Le crédo de beaucoup d’établissements spécialisés dans la longévité, à l’instar de la Clinique La Prairie, située à Montreux, en Suisse, est qu’il n’y a pas de longévité possible sans bien-être. Institution de renommée mondiale fondée en 1931 par le Dr Paul Niehans - un pionnier de la thérapie cellulaire -, elle propose depuis des années déjà son programme emblématique «Revitalisation», conçu pour préserver la jeunesse et prolonger la vitalité. Ont suivi des programmes Master Detox ou Brain Potential. Aujourd’hui, elle propose un nouveau protocole de soins spécialisés sur la santé mentale. Une première pour la Clinique La Prairie, mise au point par Olga Donica, responsable de l'innovation et de la recherche en matière de longévité à la Clinique La Prairie. Elle explique pourquoi la Clinique La Prairie a voulu se profiler sur ce domaine très porteur.
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Quel est votre rôle et pourquoi votre département propose aujourd’hui ce nouveau programme Life Reset basé sur la santé mentale?
Olga Donica. J’ai rejoint Clinique La Prairie il y a sept ans, où j’ai d’abord piloté l’innovation au sein du département de nutrition, puis progressivement pour l’ensemble de l’organisation. Je dirige aujourd’hui le département Innovation Science. Mon équipe est responsable de toute la stratégie scientifique de la clinique: nous concevons les concepts des programmes, les protocoles, ainsi que les collaborations de recherche. Tout ce qui constitue l’ossature scientifique de ce que nous proposons passe par mon département.
Avant de proposer ce programme, vous avez mené un important projet sur la santé du cerveau. Quel était son but?
Nous avons mené un projet de deux ans, le Brain Health Project, en partenariat avec le CHUV et son laboratoire de neurosciences, financé par Clinique La Prairie. L’objectif n’était pas, au départ, de créer un programme, mais de définir scientifiquement ce qu’est la santé du cerveau dans une perspective de longévité, et de documenter un modèle de santé cérébrale dans le temps. Les résultats ont été si riches que nous avons décidé d’en faire un programme : le Brain Potential Program, lancé il y a environ un an et demi. Il se concentre sur la performance cognitive, pas sur la santé mentale au sens psychiatrique.
Comment êtes-vous passée de la santé du cerveau à la santé mentale?
Une fois Brain Potential en place, nous avons vu qu’il manquait encore une dimension essentielle : la santé mentale. Dans le même temps, les preuves scientifiques s’accumulaient montrant que la santé mentale est un déterminant majeur de la longévité. Il n’y a pas de longévité possible sans bien-être. Une mauvaise santé mentale accélère le vieillissement et dégrade l’état de santé global. Avec nos standards, il était hors de question de proposer une version superficielle. Il y a environ un an et demi, nous avons donc commencé à construire un programme de santé mentale sérieux, basé sur la science, qui puisse malgré tout se déployer en sept jours.
Vous parlez de neuf “piliers” associés au programme de la santé mentale. De quoi s’agit‑il, et comment les avez‑vous formalisés?
Ces jalons décrivent les différents mécanismes qui doivent être abordés ensemble si l’on veut améliorer la santé mentale de manière durable. Ils sont tous interconnectés. Nous avons rédigé un article scientifique décrivant ce modèle, soumis à la revue Frontiers in Psychology ; il est actuellement en cours d’évaluation. Pour l’instant, c’est un modèle Clinique La Prairie, pas une recommandation officielle, mais nous l’avons engagé dans un processus scientifique formel.
Stanford Lifestyle Medicine parle également de “piliers” lorsqu’il s’agit de santé mentale. Vous affirmez que votre modèle est unique. Pourquoi ?
La différence ne tient pas qu’au vocabulaire, mais à ce que l’on en fait. Beaucoup d’institutions peuvent dire que le sommeil, le stress ou le microbiote sont importants. Ce qui est bien plus difficile, c’est de bâtir un système robuste d’observation et d’analyses qui vous donne une vision claire de la situation d’une personne sur tous ces axes, puis de concevoir des protocoles coordonnés pour agir de façon personnalisée.
Concrètement, comment se déroule le programme Life Reset dès l’arrivée du client ?
À l’arrivée, nous commençons par une évaluation complète. Life Reset est un programme médical, nous réalisons donc des screenings médicaux complets, comme dans nos autres programmes. Puis nous ajoutons, au fil de la semaine, des analyses plus poussées : marqueurs sanguins avancés, génétique, métabolisme, microbiote, etc. Tout cela sert à évaluer les neuf piliers: le sommeil, les connexions sociales, la résilience au stress, la vitalité, le microbiome, la santé vasculaire, l’immunité, les émotions positives, et la cognition. À partir de ces résultats, le médecin référent, le nutritionniste, le coach sportif et les thérapeutes construisent un parcours personnalisé pour la semaine.
Qu’est‑ce qui est spécifique à Life Reset et qu’est-ce qui le diffère d’un programme de haut niveau qu’un établissement de luxe pourrait proposer?
Life Reset ajoute quatre parcours d’experts consacrés à la santé mentale et émotionnelle: le coaching mental avec hypnothérapie, un parcours de méditation, un parcours de respiration, et une immersion dans la nature avec aromathérapie. Ce ne sont pas des séances isolées: chaque expert voit le client plusieurs fois dans la semaine et avance par étapes. Les quatre se coordonnent en coulisses pour que leur travail soit cohérent et complémentaire. Le coach mental, par exemple, est un psychologue clinicien qui intègre de courts moments d’hypnose quand c’est utile pour aller plus en profondeur. L’expert en méditation suit une structure très claire. L’expert en respiration, issu du monde de la plongée en apnée, enseigne comment différents schémas respiratoires peuvent être utilisés pour gérer un pic de stress, préparer le sommeil ou stimuler la concentration. Le guide nature emmène les clients en montagne pour une longue immersion, ponctuée d’arrêts d’aromathérapie personnalisée en fonction du profil émotionnel. Tout cela repose sur des données scientifiques et non sur un simple discours bien‑être.
À qui s’adresse Life Reset?
Il s’adresse à des personnes qui se sentent mal, mais qui sont encore en fonctionnement: des CEO, des entrepreneurs, des cadres hyper‑sollicités, des personnes en deuil ou en rupture de vie. Des personnes qui peuvent se sentir au bord du burn-out. Notre objectif est de les soulager rapidement. Life Reset n’est pas conçu pour des personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères diagnostiqués ou d’addictions lourdes. Si, au cours du séjour, nous détectons des signes de pathologie psychiatrique, nous disposons de psychologues et de psychiatres sur place, dans notre unité hospitalière classique, sur site, qui regroupe 25 autres spécialités médicales. Dans ce cas, une consultation psychiatrique est proposée, et nous adaptons la prise en charge. Cela doit se faire avec délicatesse.
D’où proviennent vos clients, et comment Life Reset est-il adapté aux différentes cultures et modes de vie ?
Nos clients viennent principalement du Moyen‑Orient (surtout les Émirats, Dubaï, Abou Dhabi), d’Asie (avec la Chine comme marché clé), des États‑Unis et d’Europe. Nous avons aussi des familles très fidèles d’Amérique du Sud, de Colombie, d’Argentine ou du Brésil, qui viennent depuis des décennies. Pour certains, Clinique La Prairie est presque un rituel familial. La personnalisation permet déjà une bonne adaptation culturelle. Et nous allons plus loin: en ouvrant des hubs et cliniques à l’étranger, nous ajoutons des nuances locales. À Phuket, par exemple, dans notre future clinique qui ouvrira en 2026, nous allons travailler avec des experts bouddhistes pour intégrer leurs pratiques de méditation dans notre cadre scientifique. En Arabie Saoudite, qui accueillera également une Clinique La Prairie l’année prochaine, notre programme phare sera davantage centré sur la santé cardiovasculaire, pour répondre à des problématiques locales comme l’obésité et le diabète.
Quelle a été la réponse du marché à l’annonce de la création du programme Life Reset?
Nous avons lancé Life Reset en novembre. La réaction a été immédiate. En quelques jours, nous avons reçu environ 160 demandes, alors que notre plan initial était d’environ 100 programmes par an. Cela confirme que la santé mentale est une préoccupation majeure pour notre clientèle, et qu’elle cherche des réponses structurées, sérieuses et basées sur la science.
Combien de clients pouvez‑vous accueillir par semaine pour Life Reset?
Pour l’instant, entre quatre et six par semaine. Nous préférons commencer avec une capacité qui nous permet de garantir le niveau de qualité et d’attention personnelle que nous jugeons indispensable, d’autant que nous faisons tourner d’autres programmes en parallèle.
Concrètement, combien de professionnels un client rencontre‑t‑il pendant la semaine?
Chaque client voit au minimum huit professionnels. Il rencontre son médecin référent à plusieurs reprises, son nutritionniste à différents moments et aux repas, un coach sportif, un ou plusieurs thérapeutes pour les soins corporels, ainsi que les quatre experts de la santé mentale: le coach mental, l’expert en méditation, l’expert en respiration et le guide nature/aromathérapie.
Comment évaluez-vous la réussite du séjour pour le patient ?
Le résultat central que nous recherchons est la résilience émotionnelle, ce sentiment de reprendre le contrôle de son corps et de son esprit. Nous visons des améliorations claires sur trois plans intimement liés : le stress, le sommeil et la fatigue. Après une semaine, les clients devraient se sentir moins épuisés, plus calmes et mieux reposés.
Le programme est‑il remboursé par les assurances, et quel est son prix ?
Non. Aucun de nos programmes d’une semaine, y compris Life Reset, n’est remboursé par les assurances. Certains actes médicaux le sont dans un autre cadre, mais pas ces séjours intégrés. Nos clients sont majoritairement internationaux et financent eux‑mêmes leur séjour. Le prix de Life Reset tourne autour de 15 000 francs suisses pour la semaine
Vous disposez d’un comité scientifique. Qui y siège, et quel est son rôle pour Life Reset?
Notre comité scientifique réunit des experts externes: un neurologue‑neuroscientifique, un spécialiste de l’immunité, un généticien, ainsi que des experts en médecine du sport, pharmacologie, nutrition, etc. Ils travaillent dans des universités, des hôpitaux ou des entreprises, principalement en Suisse. Lorsque nous élaborons un programme, nous le construisons d’abord en interne, puis nous le présentons au comité. Il nous challenge, valide la pertinence scientifique et nous aide à l’affiner. Nous avons aussi des partenariats avec des institutions comme l’EPFL, l’Université de Bâle ou Biopôle. Pour Life Reset, le modèle des neuf piliers et les protocoles ont été élaborés et validés en dialogue avec ce réseau.
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