Sport

Rolex Series: l’ambition de faire entrer le saut d’obstacles dans une nouvelle ère

Cristina D’Agostino

By Cristina D’Agostino02 septembre 2026

Lancée en 2024, la Rolex Series fédère désormais sept des concours de saut d’obstacles les plus prestigieux au monde. Les enjeux dépassent largement la compétition: rendre le sport spectaculaire, plus attractif pour le plus grand nombre, avec la même rigueur de l’excellence.  À quelques kilomètres de Bruxelles, le Brussels Stephex Masters en offre peut-être l’une des expressions les plus abouties, entre sport de très haut niveau, hospitalité et univers du luxe.

Le Brussels Stephex Masters, qui a eu lieu du 26 au 30 août, clôt les sept rendez-vous de la Rolex Series. C’est aussi l’un des plus emblématiques de la qualité des infrastructures que le circuit ambitionne d’offrir (Rolex Series)
Richard Vogel a gagné le Grand Prix Rolex CSI 5 étoiles lors du dernier jour des Brussels Stephex Masters (Rolex Series)

Il y a des sports dont la popularité semble évidente et d’autres qu’il faut apprendre à regarder. Le saut d’obstacles appartient sans doute à la seconde catégorie. Pourtant, tous les ingrédients d’un sport à adrénaline sont là: un parcours qui ne dure généralement pas plus de 90 secondes, parfois moins lorsqu’il s’agit d’un barrage, et où tout y est concentré: la vitesse, la trajectoire, les stratégies choisies pour négocier un obstacle, le suspense d’une barre effleurée de quelques millimètres et surtout cette relation si particulière entre le cavalier et sa monture, qui doivent y croire ensemble, à pleine foulée. Les retransmissions télévisuelles ne manquent pas, et le dernier championnat du monde récemment remporté par le Suisse Steve Guerdat n’a pas manqué d’intéresser, mais c’est toute une grammaire équestre qui reste encore souvent à mieux comprendre du plus grand nombre.

Aujourd’hui, le sport veut se construire une autre aura, se rapprocher de nouveaux publics. Beaucoup d’efforts sont déployés par les fédérations, les organisateurs de concours et les cavaliers pour rendre le saut d’obstacle accessible.

À Wolvertem, dans la campagne résidentielle et verdoyante de Meise, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bruxelles, tous les meilleurs cavaliers et cavalières du circuit s’étaient donné rendez-vous fin août, pour ce dernier concours du calendrier annuel de la Rolex Series. Pendant cinq jours, ils ont enchaîné les compétitions, avec en point d’orgue le prestigieux  CSI5* Rolex Grand Prix présenté par Audi le dimanche 30 août, remporté par l’Allemand Richard Vogel avec Gangster Montdesir, devant le Brésilien Eduardo Pereira de Menezes sur H5 Londontime et l’Allemand Daniel Deusser sur Pepita van’t Meulenhof BR.

Beaucoup de grands noms fréquentent les concours. C’est un univers qui attire beaucoup de grands patrons

Stephan Conter, propriétaire de Stephex Group et organisateur du Brussels Stephex Masters

Si le Brussels Stephex Masters clôt les sept rendez-vous de la Rolex Series, c’est aussi l’un des plus emblématiques de la qualité des infrastructures que le circuit ambitionne d’offrir: les épreuves se déroulent sur trois pistes en herbe – les concours sur gazon sont la signature de la Rolex Series –, de vastes écuries propriété du groupe Stephex sont à disposition des équipes, avec un niveau de confort particulièrement élevé et les zones réservées au public sont hors norme: restaurants, hospitalité VIP, boutiques, espaces enfants, partenaires premium : Stephex ressemble autant à un rendez-vous chic où il faut être, qu’à un concours hippique traditionnel.

Cette nouvelle façon, très expérientielle, de vivre le sport n’est pas anecdotique, elle est le reflet de la transformation actuellement à l’œuvre dans le saut d’obstacles.

Sept concours, un même label

Le Suisse Steve Guerdat, champion du monde de saut d'obstacles, a gagné le Grand Prix CSI 3 étoiles à Bruxelles (Rolex Series)

Notre sport possède une particularité, que nous apprécions tous, mais qui est peut être difficile à comprendre de la part du public: il n’y a pas vraiment de stars

Steve Guerdat, champion du monde de saut d'obstacles

Lorsque Rolex lance la Rolex Series en 2024, la marque est déjà reconnue dans le saut d’obstacles avec les Rolex Grand Slam of Show Jumping, les quatre rendez-vous les plus prestigieux et les plus difficiles: The Dutch Masters aux Pays-Bas, CHIO Aix-la-Chapelle en Allemagne, CSIO Spruce Meadows Masters à Calgary au Canada et le CHI Genève  en Suisse. Avec ce nouveau circuit de sept compétitions, le but n’était pas de créer un nouveau championnat, puisqu’ils sont tous décorrélés et ne proposent pas un palmarès final. L’ambition est davantage de rassembler, sous un même label, des standards d’excellence, qu’ils soient au niveau sportif, des infrastructures, et de l’expérience spectateur. L’idée:  chaque concours conserve son identité et son histoire, mais réserve, en point culminant du concours, le Rolex Grand Prix, le dernier jour.

Depuis deux ans donc, la Rolex Series s’est insérée dans un calendrier déjà chargé du sport de saut d’obstacles. Les compétitions se déroulent majoritairement sur le continent européen, à Rome Piazza di Siena en Italie, à La Baule et Dinard en France, à Falsterbo en Suède, à Dublin en Irlande et en Belgique avec le Brussels Stephex Masters. Seule exception, Wellington en Floride, qui se déroule sur douze semaines, de janvier à mars. Particulièrement apprécié, son climat et ses vastes infrastructures permettent aux cavaliers et aux chevaux de s’entraîner, pendant quelques mois, au moment où le climat est le plus rude en Europe. Les compétitions de Wellington se concluent avec le Rolex Grand Prix, le dernier week-end.

Pour Rolex, qui accompagne les sports équestres depuis près de soixante-dix ans (Rolex est entré dans les sports équestres en 1957, avec la cavalière britannique de saut d’obstacles Pat Smythe, qui devenait alors la première «Testimonee» de la marque pour la discipline), l’objectif annoncé est précisément de distinguer ces rendez-vous des autres concours cinq étoiles et de leur permettre d’offrir encore une autre visibilité au sport. Steve Guerdat, témoignage Rolex, rencontré sur place explique: «Notre sport possède une particularité, que nous apprécions tous, mais qui est peut être difficile à comprendre de la part du public: il n’y a pas vraiment de stars. Deux raison à cela: d’abord, ce n’est pas vraiment la mentalité des cavaliers. Au contraire des a priori, nous sommes des personnes très terre à terre. Nous passons notre temps dans les écuries, au contact des bêtes et de la nature. La deuxième raison est directement liée aux caractéristiques de notre discipline, à savoir que dans notre sport, on ne gagne pas tout le temps, même quand on est le meilleur. Il y a des compétitions où l’on amène de jeunes chevaux qui doivent acquérir de l’expérience. Inévitablement, les probabilités de remporter un concours sont plus minces. Et cela n’est pas vraiment compris. Les gens viennent voir des champions gagner, comme au tennis. Et c’est aussi pour cette raison, je pense, que les médias s’intéressent moins au saut d’obstacles. Mais, je vous assure, toutes les personnes que je croise qui ont fait l’effort de se déplacer sur une compétition trouvent l’expérience exceptionnelle.»

Le grand défi du jumping: raconter une histoire

Ce dimanche 30 août, au Brussels Stephex Masters, le tracé pensé par Gregory Bodo était particulièrement complexe, car il comptait 14 obstacles et 17 efforts (Rolex Series)

C’est l’une des difficultés structurelles du saut d’obstacles. Contrairement au tennis ou à la Formule 1 avec ses Grands Prix intégrés dans un championnat mondial immédiatement identifiable, le jumping juxtapose de nombreux concours, formats et classements. Le résultat peut être spectaculaire sans que le spectateur occasionnel sache immédiatement pourquoi cette victoire-là compte davantage qu’une autre.

L'ambiance durant le Brussels Stephex Masters (Rolex Series)

[Le Brussels Stephex Masters] est un ensemble de composantes uniques, dont des infrastructures exceptionnelles mises à disposition pour les chevaux, la qualité des cavaliers qui y participent à chaque fois, et l’ambiance pendant les concours et le soir

Petronella Andersson, cavalière

L’ensemble de la discipline tente aujourd’hui de progresser en matière de storytelling. La FEI a remanié son ancienne Coupe des Nations en 2024, pour la rendre plus compréhensible, permettre au public de suivre les mêmes équipes tout au long de la saison et toucher aussi bien les connaisseurs que les nouveaux spectateurs. D’autres championnats tentent d’émerger, ainsi que de nouveaux concours.

C’est le cas du futur nouveau projet près de Saint-Tropez baptisé le Grimaud French Riviera Tour. Il se déroulera sur le site équestre de Grimaud, repris par Stephan Conter (Stephex Group) et l’entrepreneur néerlandais Eric Berkhof. L’homme d’affaires belge, également propriétaire et organisateur du Brussels Stephex Masters explique: «Les ambitions sont d’y établir des infrastructures aussi exceptionnelles qu’ici à Wolvertem. Nous avons acheté 17 hectares, pour plusieurs millions d’euros et nous allons y construire des écuries et des structures d’hospitalité en dur. Vous n’y verrez aucune tente. Tout le confort pour l’accueil des cavaliers, des chevaux et du public sera optimal. L’idée est de créer un concours qui se déroulera sur plusieurs semaines, à l’instar de celui de Wellington. C’est un moyen de rapprocher des communautés, mais également tous ceux qui passent du temps sur la Riviera l’été. Beaucoup de grands noms fréquentent les concours. C’est un univers qui attire beaucoup de grands patrons.»

Stephan Conter, propriétaire du Stephex Group et organisateur du Brussels Stephex Masters (Stephex Group)

Autre moyen de rapprocher les publics et le sport, un accord a été conclu entre la FEI et Warner Bros. Discovery permet désormais à plusieurs grandes compétitions internationales d’être diffusées dans 75 marchés en Europe et en Asie, notamment sur Eurosport, Discovery+ et Max.

L’évolution passe aussi par la manière de raconter des histoires sur les écuries, les cavaliers. A ce titre, la série documentaire en six épisodes Faultless, lancée en juin 2026 autour du Rolex Grand Slam, illustre parfaitement cette ambition. Produite par Brighter Frame Productions, Terminal B TV et Spruce Meadows, en partenariat avec Rolex, la série emmène les téléspectateurs dans les coulisses du saut d’obstacles de haut niveau.  Tournée tout au long de la saison 2025, la série suit certains des meilleurs cavaliers du monde et leurs chevaux lors des compétitions internationales les plus prestigieuses, notamment les épreuves majeures du Rolex Grand Slam of Show Jumping. 

Le succès populaire de Faultless reste encore à démontrer. Mais son existence est révélatrice d’une époque où le public a besoin de suivre un cavalier, une équipe pour pouvoir s’identifier.

Mais la meilleure façon de comprendre le saut d’obstacles est encore de se déplacer sur une épreuve. Et celle d’un Grand Prix cinq étoiles de la Rolex Series reste une expérience en soi: le public tout d’abord, massé tout autour de la piste, sur les gradins et dans les zones d’hospitalité. La reconnaissance du parcours par les cavaliers et cavalières, ensuite, une demi-heure avant le début. Intéressant de les voir faire de grandes enjambées entre les obstacles pour mesurer et analyser le nombre de foulées que le cheval devra faire, tout en mémorisant le parcours. Le religieux silence ensuite du public, lors du passage des cavaliers, puis qui laisse éclater des “oh !” et des “ah !” au moindre frôlement de barre.  Ce dimanche 30 août, au Brussels Stephex Masters, le tracé pensé par Gregory Bodo était particulièrement complexe, car il comptait 14 obstacles et 17 efforts. Et il était programmé juste une semaine après les championnats du monde à Aix-la-Chapelle.

Concours préféré par de très nombreux cavaliers, c’est Petronella Andersson, qui était également qualifiée pour le Rolex Grand Prix qui l’exprime le mieux: «c’est un ensemble de beaucoup de composantes uniques, dont des infrastructures exceptionnelles mises à disposition pour les chevaux, la qualité des cavaliers qui y participent à chaque fois, et l’ambiance pendant les concours et le soir. Des conditions rêvées pour le sport et son développement»

Petronella Andersson est une cavalière suédoise de haut niveau. Elle évolue dans le saut d'obstacles international et représente la Suède. Elle fait partie des cavaliers de l'écurie Stephex Stables (Rolex Series)

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