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Niels Eggerding, CEO de Frédérique Constant: «Maintenir des prix accessibles a mis notre modèle économique sous pression.»

Justine Offredi

By Justine Offredi15 avril 2026

Alors que le segment haut de gamme concentre l’essentiel de la valeur dans l’horlogerie, la manufacture genevoise Frédérique Constant, propriété du groupe Citizen depuis 2016, poursuit une stratégie de prix ultracompétitifs. Un positionnement exigeant, qui interroge la rentabilité du modèle. Entretien avec son CEO, Niels Eggerding.

À la tête de la maison horlogère genevoise depuis 2018, Niels Eggerding veut faire de Frédérique Constant le nouveau Rolex du positionnement "luxe accessible" (entre 800 et 3000 euros) sans mener de politique de prix agressive (Frédérique Constant)

Dans un marché horloger marqué par une hausse continue des prix et un ralentissement de la demande – les exportations suisses ayant reculé de 4,8 % en volume en 2025 –, Frédérique Constant cultive une stratégie à contre-courant: proposer des complications mécaniques à prix modérés. Détenue depuis 2016 par le groupe japonais Citizen Watch Co. Limited, qui a réalisé 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2025 (+2 %) et détient également les marques Bulova, Alpina e Ateliers de Monaco, la manufacture genevoise positionne l’essentiel de ses collections entre 1000 et 3000 francs suisses, privilégiant le volume et le rapport qualité-prix plutôt que l’expansion de ses marges. Parmi ses succès emblématiques, figure notamment le lancement d’un calendrier perpétuel sous la barre des 10 000 francs suisses.

Cette année, au salon Watches and Wonders Geneva, le stand de la maison s’agrandit, malgré un coût au mètre carré qui démarre à 1800 francs suisses pour les exposants indépendants. Elle y dévoile notamment trois nouvelles versions de son modèle iconique, la Classic Manufacture Worldtimer, dotées d’une réserve de marche de 72 heures et portant à 35 le nombre de mouvements de manufacture développés en interne depuis la création de la maison.

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Alors que 90% de sa production reste composée de montres à prix «accessibles», la question de la rentabilité et de l’équilibre économique du modèle demeure. Niels Eggerding, CEO depuis près de dix ans, s’exprimait pour Luxury Tribune quelques semaines avant l’ouverture du salon.

La maison revisite son modèle phare avec un nouveau mouvement Manufacture FC-719, une réserve de marche portée à 72 heures et un nouveau boîtier de 40 mm de diamètre. Les deux modèles sont vendus au prix de 4 995 CHF (Frédérique Constant)

Le segment au-delà de 20 000 francs suisses concentre désormais l’essentiel de la valeur du marché. Comment une maison positionnée sur des prix «accessibles» peut-elle continuer de créer de la valeur dans un marché qui se contracte en volume?

Il y a plusieurs éléments qui permettent de se démarquer dans notre segment. Premièrement, l’innovation. Ensuite, il y a le rapport qualité prix, et pour finir, la capacité à construire une marque attractive même avec des volumes importants.

Sur un marché horloger très tendu, comment maintenez-vous des prix inférieurs à 10 000 francs suisses pour des montres équipées de calibres manufacture?

Tout simplement en maintenant des marges bien inférieures à celles de nos concurrents. Comme beaucoup de grandes maisons horlogères, nous nous approvisionnons en Extrême-Orient pour plusieurs composants comme les bracelets-montres et les boîtiers. Mais là où nos concurrentes appliquent des marges deux à trois fois plus élevées pour investir massivement dans le marketing, nous considérons que notre meilleur marketing reste le produit lui-même.

Vous développez de plus en plus votre collection Manufacture. Quelle part représente-t-elle en volume et en valeur par rapport aux collections plus accessibles?

La collection Manufacture représente entre 8% et 10% de notre volume, ce qui est relativement limité. En revanche, elle peut atteindre environ 25% de notre chiffre d’affaires, illustrant à quel point la valeur est importante. Ces pièces ne sont pas destinées à générer du volume, mais à créer de la valeur et à renforcer notre crédibilité horlogère. La majorité de nos montres reste équipée de mouvements automatiques fournis par Sellita ou La Joux-Perret, qui représentent environ 90% de notre production.

Comment définiriez-vous aujourd’hui le positionnement de Frédérique Constant ?

Nous avons longtemps construit la marque autour du «luxe abordable», mais aujourd’hui je préfère l’éviter, car c’est un concept devenu trop relatif qui dépend du pouvoir d’achat de chacun. Je parlerais plutôt de luxe premium, en dessous de marques comme H. Moser & Cie, ou Omega pour l’ultraluxe. Encore une fois, ce positionnement repose aussi sur notre choix stratégique de maintenir des marges moins importantes que nos concurrents.

La hausse du prix de l’or et la hausse générale des prix ont entraîné une montée en gamme forcée pour certaines marques. Qu’en est-il de Frédérique Constant?

La majorité des montres Frédérique Constant sont équipées de mouvements automatiques fournis par Sellita ou La Joux-Perret, qui représentent environ 90% de sa production (Frédérique Constant)

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