Stratégie

Matthieu Humair, CEO de Watches and Wonders Geneva Foundation: «Avec moins de 40 000 francs, une marque peut exposer à Watches and Wonders»

Cristina D’Agostino

By Cristina D’Agostino17 septembre 2026

Matthieu Humair lève le voile sur les coûts du salon. Dans un entretien exclusif, il démonte l’idée d’un salon onéreux réservé aux grandes maisons et affirme qu’avec moins de 40 000 francs, une petite marque peut exposer à Genève et accéder au cœur de l’écosystème horloger mondial.

CHF 1800

Le prix du m2 à Watches and Wonders

CHF 36 000

Le prix pour 20 m2, la surface minimum qu'une marque peut louer à Watches and Wonders

13

Le nombre de nouvelles marques exposantes en 2027

Matthieu Humair, CEO de Watches and Wonders Geneva Foundation prend la parole pour, selon lui, rétablir les faits concernant le prix des stands au mètre carré (WWG)
Souhaitant couper court aux informations relatant des prix trop élevés pour accueillir des petites marques indépendantes, et profitant de l’annonce ce 17 septembre de l’arrivée de 13 nouvelles marques, le CEO de Watches and Wonders, Matthieu Humair, a reçu Luxury Tribune pour un entretien exclusif. Du prix du mètre carré, à celui d’une chambre d’hôtel, en passant par les frais des nouveaux décors qui seront mis en place pour l’édition 2027,  il répond point par point aux critiques sur les coûts et réaffirme la vocation du salon de rester une plateforme ouverte pour l’ensemble de l’industrie horlogère.
Quelles sont les nouvelles marques qui rejoignent Watches and Wonders et combien de maisons seront présentes en 2027?
Gallet, marque horlogère désormais intégrée au groupe House of Brands qui regroupe également Breitling et Universal Genève exposera pour la première fois à Watches and Wonders (Gallet)
Matthieu Humair. En 2027, nous allons accueillir 13 nouvelles marques et passons ainsi à un total de 75 maisons présentes au salon. Du côté des majors, quatre marques ont déjà été annoncées en juin: Breitling, Gallet, Universal Genève et Damiani, qui renforcent le noyau des grandes maisons. Au Carré des Horlogers et à la mezzanine, nous intégrons des indépendants comme Akhor, Alain Silberstein, Berneron, Breva Genève, Fortis, Kerbedanz, Porsche Design, Singer Reimagined, Stollenwurm.
On lit souvent que participer à Watches and Wonders coûte des centaines de milliers de francs. Est‑ce la réalité pour une petite marque?
Non, ce n’est pas la réalité. Watches and Wonders est l’événement horloger de référence, mais il reste accessible aux petites marques. Pour 36 000 francs, une marque peut disposer d’un stand de 20 m² au Carré des Horlogers, avec accès à 1800 journalistes, 6000 détaillants, et près de 60 000  visiteurs. En pratique, en y ajoutant un aménagement, du mobilier et son identité créative, pour moins de 50 000 francs, une petite marque peut exposer, inviter ses clients et bénéficier d’un retour considérable en termes de visibilité et de contacts. Plusieurs marques, dont une qui a exposé pour la première fois l’année passée, nous ont confié qu’en une journée au salon, elles avaient mieux travaillé que sur toute une année.
Vous mentionnez un prix du mètre carré à 1800 francs. A‑t‑il augmenté ces dernières années?
Non, il n’a pas augmenté depuis 2022. Watches and Wonders est porté par une fondation à but non lucratif. Tout ce qui n’est pas dépensé à la fin du salon est reversé aux marques. Chaque année, nous rendons davantage, ce qui fait que le prix réel du mètre carré diminue. En moyenne, pour beaucoup de marques, le prix se situe en réalité autour de 1650 francs le mètre carré, car nous rendons environ 150 francs par mètre carré.
Les marques "majors" qui occupent la halle principale de Watches and Wonders occupent chacun un espace minimum de 200m2. Certaines, comme Rolex ou Cartier, ont fait le choix de s'étendre sur plus de 2000 m2 (WWG)
Qui prend en charge les coûts liés à la presse, aux détaillants et aux animations dans la ville ?
Ce sont les marques “majors” – celles qui exposent dans la halle principale avec des stands de plus de 200 m2 - qui assument l’essentiel de ces coûts: invitations de la presse, des détaillants, leurs frais de voyages, et une grande partie des activations en ville. Les petites marques du Carré des Horlogers ou de la Mezzanine paient leur mètre carré et leurs frais spécifiques, mais pas ces charges structurelles. Pour l’hôtellerie, nous négocions avec une centaine d’hôtels, de catégories deux au cinq étoiles, et gérons environ 50'000 nuitées, ce qui nous permet d’obtenir des tarifs préférentiels.
Vous mentionnez Genève et les hôtels. Chaque année, la question des prix des chambres préoccupe les exposants. Avez‑vous réussi à contenir cette inflation?
Nous avons de très bons échanges avec l’ensemble des hôteliers genevois. Pour les hôtels de catégorie supérieure, nous avons globalement réussi à maintenir des hausses limitées de 2%, indexées sur l’inflation. Une marque peut facilement trouver des chambres premium autour de 400 francs, en plein centre. Là encore, le volume que nous représentons nous permet de négocier ces conditions.
D’où vient alors cette perception que Watches and Wonders serait “hors de prix”?
Elle vient sans doute de la confusion entre les coûts facturés par le salon et les budgets de communication que certaines grandes marques investissent en plus: soirées, événements privés, scénographies spectaculaires. Ce sont leurs choix, pas une obligation imposée par Watches and Wonders. L’essentiel, c’est de comprendre qu’on n’a pas besoin de dépenser 200 000 ou 300 000 francs pour être présent.
Au total, avec les espaces communs – restaurants, auditorium, exposition, Lab, zones d’accueil – on dépasse 80 000 m²
Si l’on veut être totalement transparent sur les coûts d’un “major”, quels ordres de grandeur peut‑on donner?
Pour les majors (200 m² minimum), il faut souvent ajouter environ un tiers du montant du stand pour tout ce qui est spécifique: aménagement, décoration, hospitalité, événements privés, etc.
Le prix du mètre carré reste à 1800 francs. Certains grands stands, à l’image de Rolex et Cartier qui dépassent les 2000 m², coûtent évidemment beaucoup plus en valeur absolue. À cela s’ajoutent leurs propres choix en termes de restauration, d’accueil des clients, de soirées, de scénographie interne, qui varient énormément d’une marque à l’autre. C’est pour cela qu’il est difficile de donner un “coût exact” par marque: au‑delà du mètre carré, tout devient très spécifique.
Le salon va accueillir 75 marques en 2027. Comment gérez‑vous cette croissance ?
Nous restons dans une logique de croissance maîtrisée. En 2027, nous passons à 75 marques, avec 13 nouvelles maisons. La surface de stands va passer d’environ 24 000 à 26 000 m², et le Carré des Horlogers a triplé en dix ans pour atteindre 27 marques. Certaines maisons, comme Corum en 2027 ou H. Moser en 2026, ont demandé à passer en “major” avec des espaces d’au moins 200 m², ce qui illustre bien le retour sur investissement qu’elles perçoivent. Au total, avec les espaces communs – restaurants, auditorium, exposition, Lab, zones d’accueil – on dépasse 80 000 m². Et en 2028, nous récupérerons la moitié de la Halle 1, soit environ 5000 m² supplémentaires.
Cette nouvelle zone sera un pavillon événementiel modulable. On pourra y mettre des stands, un auditorium, ou d’autres formats à définir. Cela nous donnera encore un peu de marge, mais toujours avec une idée très claire: croître de manière contrôlée, pour préserver la qualité de l’expérience.
Vous préparez aussi un nouveau concept de décor pour 2027. Que va‑t‑il changer?
Nous lançons un nouveau décor inspiré des reflets des lacs et montagnes qui façonnent Genève et sa région, avec des parois inclinées, de nouveaux bars et de nouvelles façades. Les poteaux disparaissent, ce qui rend les circulations plus fluides et les stands plus visibles et plus ouverts. C’est un projet développé depuis  plusieurs années avec des designers et les marques. L’investissement, de plusieurs millions, est pris en charge par les majors via un supplément d’environ 90 francs par mètre carré par an pendant trois ans. Les indépendants, eux, restent à 1800 francs le mètre carré et sur des engagements annuels.
Le salon Watches and Wonders Geneva va changer de décor en 2027. Ce nouveau concept reprend les parois inclinées et les ouvertures plus larges que l'on pouvait déjà trouver à la Mezzanine. (KEYSTONE/PIERRE ALBOUY)
Le format du salon évolue aussi en termes de calendrier. Pourquoi revenir du lundi au dimanche?
Nous avons ajusté la formule en 2027 du lundi au dimanche (du 5 au 11 avril 2027): quatre jours sur invitation, trois jours ouverts au public. L’ouverture le lundi nous donne un jour de semaine supplémentaire, très utile pour lisser les rendez‑vous professionnels, de mieux répartir la charge, de réduire la densité de certains créneaux, et d’améliorer la qualité des échanges.
Watches and Wonders se déploie également de manière plus large en ville de Genève avec son concept “In the city”. Quel est l’objectif ?
L’objectif est de faire de Genève une scène horlogère à part entière, pendant une semaine. À travers “In the city”, nous multiplions les pavillons culturels, démonstrations de métiers, expositions, concerts, en partenariat avec les musées, les écoles, la Ville et la Convention patronale de l’industrie horlogère. C’est une façon de nourrir la culture horlogère, de toucher un public plus jeune, puis de l’amener naturellement vers Palexpo.
Le concept "In the City", qui complète Watches and Wonders à Palexpo, devient un rendez-vous attendu des genevois et des commerçants de la ville (WWGF/KEYSTONE)
Un sujet que vous ne prenez pas encore vraiment en compte est celui du marché secondaire. D’autres événements l’intègrent. Pourquoi pas Watches and Wonders?
Aujourd’hui, Watches and Wonders Geneva est avant tout le lieu où l’on lance les nouveautés. Sur le salon lui‑même, et dans la configuration actuelle, le marché secondaire n’est pas intégré comme tel. Mais il ne faut jamais dire jamais. Sur “in the city”, par exemple, c’est un sujet que l’on pourrait clairement envisager.
La présidence de Watches and Wonders est à nouveau exercée par le CEO de Rolex Jean-Frédéric Dufour depuis le 1er juillet dernier. Quel est son message?
Nous travaillons main dans la main. Le message que je vous donne est le sien: ouverture, croissance maîtrisée, et affirmation de Watches and Wonders Geneva comme plateforme culturelle horlogère mondiale. Le conseil de fondation réunit aujourd’hui Jean‑Frédéric Dufour à la présidence, Nicolas Bos à la vice‑présidence, ainsi que des représentants de Chanel, Hermès, LVMH et Patek Philippe. Avec les 75 marques exposantes, y compris un représentant du Carré des Horlogers, nous travaillons sur ces axes: ouvrir davantage le salon, renforcer la dimension culturelle, et garder l’excellence de l’expérience, pour la presse, pour les détaillants, pour le public.

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