Marc Newson: «Je dessine des objets pour apprendre»
Le designer australien star a créé les objets parmi les plus iconiques de notre époque, de l’Apple Watch à la future Ferrari électrique. Ses quarante ans de création sont au cœur d’une exposition rétrospective au Château La Coste, en Provence, dont le centre d’art contemporain est mondialement réputé.
J’aime l’idée que les objets que je crée vivent dans leur époque, mais qu’ils seront encore plus intéressants dans le futur
Marc Newson, designer
Au Château La Coste, l’exposition consacrée à Marc Newson s’ouvre sans effet de manche. Fauteuil en verre dépoli, pièces en émail cloisonné, console en marbre de Carrare : rien d’ostentatoire, mais une précision silencieuse. Dans l’auditorium vitré signé Oscar Niemeyer, les objets semblent en suspension, entre performance technique et forme durable. Depuis quarante ans, Newson poursuit une idée simple et rare : produire des formes capables de traverser le temps sans céder à l’époque.
La présence du Lockheed Lounge agit comme un point d’ancrage. Cette chaise longue en aluminium riveté, conçue à la fin des années 80, appartient désormais autant à l’histoire du design qu’au marché de l’art. Elle rappelle une évidence : la radicalité, lorsqu’elle résiste, devient patrimoine. Chez Newson, l’objet n’est jamais décoratif. Il est une trace, presque une preuve.
Formé au Sydney College of the Arts, passé par Tokyo et Paris avant de s’établir à Londres, il a construit une trajectoire sans frontière. Seul designer industriel représenté par Gagosian, il navigue entre production globale et pièces de collection, entre industrie et artisanat. Cette tension est au cœur de son travail. Car derrière l’évidence des formes, il y a une complexité presque invisible. Des années de recherche, des techniques réactivées, des ateliers recréés. Le cloisonné chinois, relancé à grande échelle à Pékin, devient surface vivante. Le marbre, sculpté dans la masse, semble perdre sa densité. Le matériau n’est plus support: il devient sujet.
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Newson parle volontiers de processus. C’est là que se joue l’essentiel. Le luxe ne serait plus dans l’objet, mais dans le temps nécessaire à son élaboration. Une forme de lenteur assumée, presque à contre-courant. L’apparition d’Electra, sculpture monumentale de six mètres, accentue encore ce déplacement. L’objet bascule dans l’espace, dialogue avec l’architecture, s’affirme comme présence. Face aux courbes de Niemeyer, le design change de statut : il devient signe. Ici, le designer n’est plus seulement un concepteur. Il agit comme un acteur culturel, à la frontière de l’art et de l’architecture. Et pose, en creux, une question simple: que reste-t-il d’un objet lorsque le temps passe?
Chez Marc Newson, la réponse tient dans une exigence. Celle du geste, du matériau, du savoir-faire. Non pas faire nouveau, mais faire juste. Dans un monde qui accélère, il choisit de ralentir, et c’est peut-être là que réside, aujourd’hui, la véritable modernité.
Comment avez-vous choisi les objets pour cette exposition, seulement 14 parmi un parcours foisonnant?
Marc Newson. Nous les avons sélectionnés avec beaucoup d’attention, un à un. Je connais Paddy (le propriétaire du Château La Coste, ndlr) depuis longtemps, nous sommes amis. Nous voulions créer un projet ensemble depuis longtemps. Je trouvais intéressant de prendre des pièces de différents matériaux, d’époques distinctes et de les apporter ici. C’est un lieu très différent des musées où j’ai eu l’occasion d’exposer mon travail.


D’où viennent ces pièces qui sont exposées?
J’en possède peu. Une seule provient de ma collection. La plupart des pièces viennent d’ailleurs, dont certaines de mes deux galeries Kréo à Paris et Gagosian, mais également de quelques collectionneurs privés. Château La Coste est un lieu très prestigieux. Tout le monde veut leur prêter des œuvres.
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