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Made in Italy: les failles d’un modèle industriel sous tension

Eva Morletto

By Eva Morletto02 juin 2026

A Milan, l’affaire des sous-traitants, révélée entre autres par le cas Loro Piana, expose l’envers d’un modèle industriel, où l’excellence artisanale côtoie des chaînes de production de plus en plus difficile à contrôler.

En juillet 2025, la justice italienne plaçait Loro Piana sous administration judiciaire temporaire dans le cadre d’une enquête portant sur des ateliers de sous-traitance liés indirectement à sa chaîne de production (Shutterstock)

Vous pouvez fabriquer des composants ailleurs, assembler le produit final en Italie et bénéficier malgré tout du label Made in Italy

Edoardo Secchi, président du Club entrepreneurial Italie-France

La maison piémontaise, entrée dans le portefeuille de LVMH en 2013 pour un montant estimé à près de 2 milliards d’euros, s’est imposée comme l’un des symboles les plus accomplis du luxe ultrapremium européen. Le prix d’un manteau peut aisément dépasser les 10 000 euros, tandis que certaines pièces en vicuña franchissent les 25 000 euros. Pourtant, derrière cette promesse d’exclusivité absolue, l’affaire révélée à Milan l’an dernier a brutalement rappelé une autre réalité: celle d’une industrie italienne du luxe dont l’excellence repose sur une galaxie de sous-traitants, souvent fragmentée, parfois opaque, et soumise à une pression économique croissante.

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En effet, en juillet dernier, la justice italienne plaçait Loro Piana sous administration judiciaire temporaire dans le cadre d’une enquête portant sur des ateliers de sous-traitance liés indirectement à sa chaîne de production. Deux ateliers chinois situés dans la périphérie milanaise avaient été suspendus pour exploitation présumée de travailleurs et violations des normes de sécurité. Si la maison elle-même n’était pas poursuivie pénalement, la décision du parquet de Milan a marqué un tournant symbolique: pour la première fois, la responsabilité des grandes maisons était examinée non plus seulement au niveau du produit fini, mais également sur l’ensemble de leur supply chain.

Cinq à quinze sous-traitants pour un produit

Depuis plusieurs années, les inspections du travail menées en Lombardie ont concerné plusieurs centaines d’ateliers textiles (Shutterstock)

Le dossier a surtout mis en lumière une réalité largement connue des professionnels du secteur: dans la mode italienne, la fabrication d’un vêtement peut mobiliser entre cinq et quinze sous-traitants successifs, du filage à l’assemblage final. Cette fragmentation historique, héritée des distretti industriels italiens, constitue à la fois la force et la vulnérabilité du Made in Italy.

La pression très forte exercée sur la filière productive pousse certaines marques à sous-traiter encore davantage le travail vers des ateliers où l’on retrouve une main-d’œuvre exploitée et sous-payée

Edoardo Secchi, président du Club entrepreneurial Italie-France

Aujourd’hui encore, plus de 40% de la production textile de luxe italienne reste concentrée entre la Lombardie, le Piémont, la Toscane et la Vénétie. Mais derrière les ateliers historiques se cache un tissu d’entreprises extrêmement atomisé: plus de 60% d’entre elles emploieraient moins de dix salariés. Une structure qui rend les contrôles et les monitorages déployés par les forces de l’ordre – des dispositifs mis en place par l’ Ispettorato del Lavoro (Inspecteurs du Travail) –, particulièrement complexes.

«Le problème depuis des années est la pression très forte exercée sur la filière productive, dont les marges se réduisent toujours plus», explique Edoardo Secchi, président du Club entrepreneurial Italie-France. «Les grandes marques augmentent leur marge grâce aux prix finaux des produits, mais également en baissant les montants proposés aux fournisseurs. Cette pression pousse certains d’entre eux à sous-traiter encore davantage le travail vers des ateliers où l’on retrouve une main-d’œuvre exploitée et sous-payée.»

Cette pression économique s’inscrit dans un contexte plus large de ralentissement du marché du luxe accessible. Alors que les maisons les plus exclusives comme Hermès continuent d’afficher des performances financières solides, le luxe intermédiaire fait face à un consommateur plus exigeant, moins captif, et de plus en plus attentif aux questions de cohérence éthique.

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