Anvers, capitale d’un marché du diamant sous pression
Ce 8 avril, à l’occasion de la première Journée internationale du diamant, et sous l’impulsion du Natural Diamond Council, Anvers ouvre exceptionnellement les portes du plus ancien et du plus important marché diamantaire au monde. La place belge est en profonde recomposition: si plus de 80% des diamants bruts naturels y passent, elle subit la pression des pierres de laboratoire, de l’exigence de la traçabilité et du déplacement de la valeur vers les gemmes les plus rares.
$20 Mia
Montant des diamants qui transitent chaque année à Anvers
80%
Part des diamants bruts naturels mondiaux qui passent par Anvers
90%
Part de la taille des diamants aujourd’hui réalisée en Inde
95% des carats du monde passent par Anvers
un négociant chez Diamcad
À quelques pas de la gare centrale d’Anvers, derrière la façade néo-baroque qui avale et recrache chaque jour des milliers de voyageurs, le monde change de texture. Le bruit des trains s’efface, remplacé par un silence feutré. Sur quelques centaines de mètres à peine (sur Pelikaanstraat, Hoveniersstraat, Schupstraat) s’organise depuis des siècles l’un des marchés les plus puissants et les plus opaques de la planète.
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Ici, pas d’enseignes tapageuses. Seulement des portes blindées, des caméras — près de 3 500 dans le périmètre — et des hommes (surtout) pressés, attaché-case à la main.
À l’intérieur, des millions de dollars circulent sans bruit. Si de nombreuses femmes y travaillent désormais, elles en étaient absentes jusque dans les années 80. En revanche, la bourse est très ouverte avec plus de 160 nationalités présentes.
Plus de 20 milliards de dollars de diamants transitent à Anvers, chaque année
Chaque année, plus de 20 milliards de dollars de diamants transitent par ce quartier. Une concentration unique, à la fois ancrée dans une histoire ancienne et totalement intégrée à la mondialisation contemporaine. «95 % des carats du monde passent par Anvers», confie un négociant chez Diamcad, un tailleur spécialisé. Le chiffre donne le vertige. À lui seul, il dit la centralité persistante de la place belge, longtemps dominée par le géant sud-africain De Beers, aujourd’hui ouverte à une multitude d’acteurs (producteurs africains, intermédiaires indiens, maisons de joaillerie européennes, traders israéliens ) depuis la fin du monopole dans les années 2000, quand les pays africains ont nationalisé leurs mines. Certaines sociétés occupent 25m2, d’autres emploient plus de 500 ou 1000 personnes dans le monde entier. Dix compagnies représentent 40% du marché à Anvers. «Les gens ici ont une passion pour les diamants, assure-t-on chez Diamcad, ils ont la flamme dans les yeux. Beaucoup sont là depuis plusieurs générations.»
Dans les salles d’échange, sous la lumière froide et constante des verrières — une lumière du nord, sans ombre, idéale pour juger la pureté d’une pierre — les transactions obéissent encore à des codes immuables. Une poignée de main peut suffire. Le diamant, plus que tout autre produit, reste un commerce de confiance. Héritage direct d’une tradition qui remonte aux XVe et XVIe siècles, lorsque les premiers tailleurs flamands, à commencer par Lodewijk van Berken, ont perfectionné l’art de la facette pour révéler la transparence et la brillance de la pierre. Mais c’est dans les années 1920-1930 que le diamant connait ses années les plus florissantes. Installés sur de grandes tables, avec leurs pierres contenues dans des petits papiers blancs, acheteurs et vendeurs débarquent de la gare en nombre. Comme au marché, à l’ouverture à 7h du matin, premier arrivé, premier servi. A l’époque, il n’existe pas de transferts, mais des transactions de gré à gré, des crédits. On y vient de toute l’Europe, des États-Unis, d’Asie. Si le coup d’arrêt dû à la guerre, entre 39 et 45 et à la shoah, est toujours dans les esprits, dans les années 1960, la mondialisation a considérablement enrichi le quartier. Les diamantaires finissent par construire des immeubles modernes pour abriter les firmes qui se développent et les affaires qui croissent. Une explosion à la synagogue dans les années 1980 a eu pour conséquence la fermeture des rues par des barrières, renforçant le sentiment de «quartier des diamantaires». Deux rues de 300 à 350 mètres de long, où «chaque pierre est contrôlée, à l’entrée et à la sortie, explique David Gottlieb, un joaillier qui fût auparavant directeur de la bourse au diamant d’Anvers. C’est la bourse la plus stricte qui soit. Pour preuve, on a le bureau de la douane dans la rue !»
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