Stratégie

A Dubaï, le Women’s Pavillon a réussi à rendre la défense du droit des femmes incontournable

Résultant d’un partenariat public-privé, le Women’s Pavillon cocréé par Cartier et l'exposition universelle de Dubaï a réussi à attirer plus de 250 000 visiteurs. L'ambition est de poursuivre cette initiative à Osaka, pour l'exposition universelle en 2025.

Sur la scène de l’opéra de Dubaï, la 15ème édition des Cartier Women’s Inititive remettait des prix par catégorie. Les trois gagnantes de la catégorie «Improving lives», de gauche à droite NNeka Mobisson, Rasha Radi, Sophie Doireau, directrice générale Cartier Moyen-Orient, Temi Giwa-Tubosun et Cyrille Vigneron Président et CEO de Cartier International (DR)

Expo 2020 Dubaï s’apprête, ce 31 mars, à fermer ses portes sur un bilan positif avec plus de 20 millions de visiteurs, dont 70% venus de la région des Émirats arabes unis. L’exposition universelle a réussi le pari de la jeunesse, attirant près de 3 millions d’enfants et d’adolescents de moins de 18 ans. Cette ouverture sur le monde a manifestement séduit les Émiratis, conscients de l’enjeu vital qu’elle représente pour l’économie de Dubaï ainsi que de toute la région. Plus de 32 000 manifestations s’y sont tenues, attirant en masse touristes et familles. Parmi les 192 pavillons présents, celui consacré à la femme a su tirer de nombreux bénéfices de cette forte affluence. Cartier, partenaire du Women’s Pavillon conviait la presse pour les festivités de clôture. Après six mois d’intenses débats et conférence sur l’empowerment féminin en son sein, que restera-t-il de ce temple dédié à la femme?

Le Women’s Pavillon était la résultante d’une alliance inédite entre les secteurs public et privé. Il reflétait aussi bien le besoin des institutions locales de montrer un visage moderne et ouvert de la femme au Moyen-Orient que celui d’établir un état des lieux clairs des avancées en termes d’égalités. Cela correspondait à l’élan que la maison de joaillerie Cartier souhaitait impulser dans toute la région. Implantée depuis des décennies aux Émirats arabes unis et aujourd’hui dirigée par Sophie Doireau – nommée l’automne dernier à la tête de la région du Moyen-Orient –, la filiale de la marque a œuvré pendant quatre ans aux côtés des autorités dans le but de bâtir le Women’s Pavillon. Pour valoriser les grandes figures féminines qui ont fait l’histoire.

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Nous l’avons pensé apolitique, inclusif et destiné à l’humanité entière

Sophie Doireau, directrice générale de la filiale Cartier au Moyen-Orient

Sophie Doireau a été nommée directrice générale de la filiale Cartier au Moyen-Orient à l’automne 2021 (DR)

L’enjeu était double: faire confluer deux regards sur la femme et concilier des visions intègres et exhaustives de ses contributions et impacts sur le monde. Pour Sophie Doireau, les points de vue n’ont jamais été antagonistes, au contraire: «Nous l’avons pensé apolitique, inclusif et destiné à l’humanité entière. L’idée première du pavillon est née d’une conversation avec Sheikha Lubna bint Khalid bin Sultan Al Qasimi, première femme ministre de l’histoire des Émirats, lors d’une édition des Cartier Women’s Initiative qui s’était tenue à Singapour il y a quelques années. Elle y était membre du jury. Elle réfléchissait à un lieu de culture pour les femmes. J’estimais également que proposer Dubaï et son Expo 2020 comme plateforme d’accueil pouvait représenter une belle opportunité. Sheika Lubna m’a beaucoup aidée dans les discussions avec les représentants d’Expo 2020 qui pensaient également à construire un pavillon des femmes. Les organisateurs ont accepté de concevoir ce projet avec Cartier, pour élargir les audiences et les contenus. Nous avions cette vision commune que l’empowerment féminin était une question nécessaire à adresser aux visiteurs. Le pavillon reflète notre parfaite collaboration partie d’une feuille blanche. Nous avons très vite créé un advisory board composé de sept personnes provenant de différents continents et de spécialistes des sujets sur l’égalité entre hommes et femmes.»

Le Women’s Pavillon a attiré plus de 250 000 personnes à Expo 2020 Dubaï (DR)

La femme est le dénominateur commun de nombreux sujets qui façonnent notre quotidien. Pour les faire avancer, ce n’est pas une question de genre, mais de bonne volonté

Sophie Doireau, directrice générale de la filiale Cartier au Moyen-Orient

Effectivement, le premier message offert au visiteur à l’entrée du pavillon est éloquent: «Lorsque les femmes s’épanouissent, l’humanité prospère.» Dans un parcours didactique qui éclaire sur l’impact que les femmes ont eu sur le monde et les nombreux défis auxquelles elles sont encore confrontées, on peut y lire de nombreuses histoires. Celle de la princesse Dona Isabel, qui en l’absence de son père et défiant la cour, a fait usage de son pouvoir pour abolir l’esclavage au Brésil en 1888. Ou celle de Fatima al-Fihri, une femme musulmane originaire de Tunisie qui a fondé la première université du monde, il y a plus de mille ans: l’Université d’al-Qarawiyyin à Fès, au Maroc. Encore l’histoire exceptionnelle de Justice Ruth Bader Ginsburg, grande figure américaine de la défense de l’égalité et du droit des femmes, nommée juge à la Cour suprême en 1993 qui y aura siégé pendant vingt-sept ans. Celle de Nawal el Saadawi, écrivaine, activiste, physicienne et psychiatre égyptienne qui aura lutté toute sa vie pour l’émancipation des femmes dans le monde arabe. Et finalement celle de Son Altesse Sheika Fatima Bint Mubarak, pionnière en termes de droit des femmes dans la région des Émirats, qui permit que 77% des femmes émiraties accèdent à une scolarité secondaire et que 70% de tous les diplômés universitaires soient aujourd’hui des femmes.  Mais on y apprend aussi que 132 millions de jeunes filles ne sont pas scolarisées dans le monde. De nombreux défis restent à relever.

C’était d’ailleurs le thème central des conférences et prises de paroles qui se sont égrainées pendant les six mois d’ouverture du Women’s Pavillon. «Beaucoup de sujets et de débats nous ont fait grandir, poursuit Sophie Doireau, nos sessions sur les femmes en Afghanistan, nos débats sur l’environnement ont été très écoutés. Ces prises de paroles sont autant de ponts nécessaires entre générations et nations. Beaucoup de pavillons de pays sont venus avec leurs délégations ministérielles pour visiter et prendre la parole. La femme est le dénominateur commun de nombreux sujets qui façonnent notre quotidien. Pour les faire avancer, ce n’est pas une question de genre, mais de bonne volonté.»

Une communauté globale de femmes qui comprennent vos priorités est très rare. Nous savons que nous devons diriger nos entreprises deux fois mieux que les hommes pour prouver notre réussite

Rasha Rady, entrepreneure égyptienne à la tête de sa start-up Chefaa

Rasha Rady, entrepreneure égyptienne à la tête de sa start-up Chefaa, troisième lauréate des Cartier Women’s Inititive 2022, dans la catégorie Improving lives (DR)

Invitée à célébrer la clôture du Women’s Pavillon par Cartier, la presse a également pu rencontrer les lauréates des précédentes éditions du programme engagé il y a quinze en par la marque: les Cartier Women’s Initiative. Venues des quatre coins du monde, elles ont exposé sur la scène de l’opéra de Dubaï les impacts que le programme a eus sur leur entreprise. Une grande majorité d’entre elles ont d’ailleurs déclaré avoir élargir leur réseau de 88 % et passablement développé leurs compétences commerciales. Rasha Rady, entrepreneure égyptienne à la tête de sa start-up Chefaa, une plateforme numérique pilotée par l’intelligence artificielle – qui aide les patients chroniques à commander, programmer et renouveler leurs ordonnances récurrentes, indépendamment de leur localisation ou de leurs revenus –, explique: « Les investisseurs arrivent aujourd’hui dans la région et croient en des start-up créées par des femmes en Égypte et au Nigeria. Cartier Women’s Initative existe depuis quinze ans. C’est une occasion pour nous toutes d’échanger et d’apprendre de chacune. C’est un espace libre de concurrence, nourri de respect mutuel. Quinze ans d’entrepreneuriat nous offrent des exemples concrets de développements possibles. Une communauté globale de femmes qui comprennent vos priorités est très rare. Nous savons que nous devons diriger nos entreprises deux fois mieux que les hommes pour prouver notre réussite. La communauté des femmes des Cartier Women’s Initiative est précieuse, elle permet de tisser des connexions importantes pour nos affaires respectives, partout dans le monde où nous voulons lancer un business.»

Les femmes doivent avoir le droit à la parole. L’économie mondiale ne peut atteindre la stabilité que si les femmes y progressent dans leur statut

Reem Al Hashimy, ministre émiratie de la Coopération internationale et directrice générale d’Expo 2020

Reem Al Hashimy, ministre émiratie de la Coopération internationale et directrice générale d’Expo 2020 lors de la cérémonie de clôture du Women’s Pavillon à Expo 2020, le 8 mars dernier (Anthony Fleyhan/Expo 2020 Dubai)

Ce point d’orgue réunissant les lauréates et les grandes figures féminines du secteur privé et public a permis de mettre en avant la contribution des femmes dans les milieux économique, social et environnemental. «Et c’est compter sans les 170 événements organisés au fil des mois au sein du Women’s Pavillon. Il a attiré plus de 250 000 personnes de tous horizons et cultures, explique Reem Al Hashimy, ministre émiratie de la Coopération internationale et directrice générale d’Expo 2020. Nous sommes fiers d’avoir reçu la reconnaissance du GEEIS (Gender Equality European & International Standard). Les femmes doivent avoir le droit à la parole. L’économie mondiale ne peut atteindre la stabilité que si les femmes y progressent dans leur statut.»

Il est aujourd’hui estimé que l’égalité ne sera pas effective avant cent quarante ans. Nous avons perdu une génération en deux ans, parce que les femmes sont les premières à souffrir des catastrophes économiques et sociales

Cyrille Vigneron, président et CEO de Cartier International

Une prise de conscience qui demande encore des efforts. Lors du gala de clôture, Cyrille Vigneron, président et CEO de Cartier International, conclut: «Beaucoup de biais de genre existent dans nos sociétés. Et malheureusement, ils continuent à entraver l’évolution vers une égalité entre hommes et femmes au point que l’une des conséquences de la pandémie a été celle de provoquer un retard dans le comblement de cette inégalité. Si le temps nécessaire à son rattrapage était évalué à nonante-neuf ans, il est aujourd’hui estimé que l’égalité ne sera pas effective avant cent quarante ans. Nous avons perdu une génération en deux ans, parce que les femmes sont les premières à souffrir des catastrophes économiques et sociales. Il faut que cela cesse.»

En guise d’espoir et comme une opportunité de poursuivre le travail amorcé à Dubaï, Sophie Doireau conclut: «Le district qui a été créé pour l’expo va rester et le pavillon de la femme pourrait se transformer en un nouvel héritage en vue de continuer discussions et interactions.»

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