Lorsqu'en janvier dernier le groupe de luxe LVMH a annoncé avoir acheté Sewelô, le deuxième plus gros diamant brut au monde de 1758 carats, juste derrière le Cullinan (3 106 carats), beaucoup se sont interrogés sur la raison de cette acquisition. Décryptage.
Entre-temps de nombreuses hypothèses ont été avancées. Pour Jeffrey Post, expert de la prestigieuse Smithsonian Institution, quiconque achète un diamant de ce genre acquiert tout de suite de la crédibilité. Et pourtant, fort des chiffres qu’il aligne, le colosse du luxe n'a pas besoin de confirmation. Pour le New York Times, Sewelô lance un message clair sur les intentions de LVMH dans la haute joaillerie : non pas tenir sa place dans la compétition, mais être leader de ce secteur. Après la prise de contrôle de la Maison Bulgari, on a vu se renforcer l'intérêt du groupe dans cette activité par sa récente offre d'acquisition de Tiffany pour 16,2 milliards de dollars. Même si aujourd'hui, les discussions se poursuivent entre les deux maisons (les conditions pourraient être revue, le conseil d'administration de LVMH s'étant réuni le 2 juin dernier pour évoluer l'impact de la pandémie sur les résultats de Tiffany), sur le long terme, le secteur affiche un fort taux de croissance. Les produits de marque sont infiniment moins nombreux que dans la mode, et il y a encore beaucoup de marge de manœuvre pour stimuler le désir et la créativité, les moteurs indispensables de la consommation du luxe. Ce n'est que le début de la longue histoire qui attend Sewelô, parce qu’il devra attendre 4 mois à Anvers pour être fractionné en divers carats avant de commencer une nouvelle vie.
Le diamant exceptionnel, le Graal des collectionneurs
Le monde de la joaillerie est différent de celui de la mode. Dans la joaillerie, il y a des facteurs précis qui définissent la valeur d'un objet. Une valeur qui ne doit pas se perdre avec le temps, qui dépend des matières et de la fabrication, et qui est donc beaucoup moins influencée par les tendances.
Daniela Mascetti, Présidente de Jewellery Europe de Sotheby’s
Pour Daniela Mascetti, Présidente de Jewellery Europe de Sotheby’s, un choix avec tant de zéros est dicté par l'envie d'avoir quelque chose capable de frapper l’imaginaire, tout à fait unique, parce que dans le bijou, c'est la rareté qui fait la différence : « Nous le voyons bien dans nos enchères, l'objet spécial, hors pair, encore mieux s'il a un certain nombre d'années, si son origine est aristocratique, ou de grandes maisons, est devenu de plus en plus recherché et convoité ». Et quand on lui demande pour quelle raison LVMH a décidé d'investir dans un diamant important comme Sewelô, Daniela Mascetti ajoute : « Je ne pense pas qu'il y ait de desseins particuliers ou une stratégie. Plutôt, cela représente une croissance organique du groupe, d’abord acquise avec les grandes marques de la mode, puis poursuivie avec la joaillerie, et cet achat dénote le désir d’avoir quelque chose de vraiment unique. Le monde de la joaillerie est différent de celui de la mode. Dans la joaillerie, il y a des facteurs précis qui définissent la valeur d'un objet. Une valeur qui ne doit pas se perdre avec le temps, qui dépend des matières et de la fabrication, et qui est donc beaucoup moins influencée par les tendances. Pensons par exemple à l’or, aux perles, aux diamants : ils ont une valeur intrinsèque qui dans la mode est décidément beaucoup moins importante. Sans compter que les bijoux ont un avantage, ils sont facilement transportables, un aspect très important dans les moments de grande crise et d'incertitude».
Le diamant, symbole de pouvoir
Une opération importante comme celle de Sewelô, et je reprends ici les mot de Marcel Pruwner, est un signal adressé aux investisseurs et aux concurrents qui montre le désir d'asseoir son autorité et de hausser son niveau de légitimité. N'oublions pas du reste que le bijou a toujours été un symbole de pouvoir ».
Pour Titti Curzio, la directrice du département Bijoux de la Maison de ventes aux enchères Cambi
Un ralentissement déjà observé en 2019
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