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Business

Le rachat de Tiffany par LVMH se complique

Si le montant du rachat de Tiffany à 14.7 milliards de dollars conclu en novembre dernier se basait sur le cash et la dette nette de LVMH avant le Covid, aujourd’hui les données se sont fortement dégradées. Le deal du siècle sera-t-il encore possible? Décryptage.

Cristina D’Agostino

By Cristina D’Agostino09 septembre 2020

LVMH annonçait mercredi 9 septembre envisager un report du rachat de Tiffany (Shutterstock)

Le 4 février dernier, à New York, l’assemblée générale extraordinaires des actionnaires de Tiffany acceptait le rachat de l’iconique marque joaillière par le groupe LVMH. Le deal, décidé en un peu moins de six semaines par Bernard Arnault, se présentait comme le plus grand rachat de son histoire. Mais depuis, la pandémie mondiale, les émeutes raciales aux Etats-Unis, l’effondrement des recettes engrangées par l’industrie du luxe et la menace de taxes sur les produits français formulée par les Etats-Unis ont changé la donne. LVMH annonçait mercredi 9 septembre envisager un report du rachat de Tiffany et expliquer «qu’après une succession d’événements de nature à fragiliser l’opération d’acquisition de la société Tiffany & Co, le conseil d’administration de LVMH s’est réuni pour étudier la situation de l’investissement projeté au regard de récents développements». Le deuxième argument avancé par le conseil d’administration présidé par Bernard Arnault s’appuie sur la prise de connaissance d’une lettre du ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Jean-Yves Le Drian), qui, en réaction à la menace de taxes sur les produits français formulée par les Etats-Unis, demande au groupe LVMH de différer l’acquisition de Tiffany au-delà du 6 janvier 2021. Ce que Tiffany conteste en souhaitant forcer le groupe LVMH à clore la transaction le 24 novembre prochain.

Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH (Shutterstock)

Entre-temps, l’offre de LVMH à 135 dollars par action formulée à la fin de l'année dernière paraît aujourd’hui cher payé pour un titre dont la valeur était (à l’heure de l’écriture de cet article) mercredi 9 septembre à 111.7 dollars en baisse de 8.30%. (Elle clôturait à 121,81 dollars mardi 8 septembre).

Quelles sont donc les véritables motivations du groupe LVMH? Tenter de faire baisser le prix du deal arrêté en novembre 2019 à 14,7 milliards de dollars? Arthur Jurus, chef économiste à la Banque Landolt explique: «Je vois trois facteurs majeurs qui peuvent mettre en lumière le contexte actuel. Tout d’abord le cash de LVMH a été réduit à huit milliards. Le second facteur est lié à l’appréciation de l’euro, et comme la grande partie des revenus est en dollars, les revenus auraient potentiellement baissé de 5% simplement par des effets de change. Le troisième facteur est lié à la dette nette du groupe qui aurait augmenté d’environ deux milliards et dont la cause première est la diminution des ventes et des bénéfices, il y a donc un effet net qui est très défavorable. Et ce que l’on peut supposer c’est que ces trois facteurs, comparés aux 14,7 milliards de dollars du deal initialement prévu, le renchérissent passablement. »
Quant à savoir si les intentions d’achat de Tiffany sont toujours et encore sur la table, il est aujourd’hui difficile d’imaginer un autre groupe que LVMH avoir les capacités financières de le faire. Arthur Jurus confirme: «LVMH est probablement l’un des rares groupes européens du luxe capable de procéder à des acquisitions de cette ampleur en Europe. L’évolution des revenus est en baisse, certes, mais de manière moins importante que dans d’autres groupes concurrents. D’autre part, la performance ou la capitalisation du titre sont encore en progression». Et si l’on se penche sur les avis des investisseurs, ils sont positifs sur le titre LVMH. Si cette acquisition devait lui porter préjudice, cela se ressentirait sur la cote du titre.

Depuis quelques mois, les fusions et acquisitions s’accélèrent et devraient également toucher le secteur du luxe. Pour l’heure, elles concernent surtout le rachat de fournisseurs en difficulté, à l’instar de Chanel qui a renforcé sa chaîne d’approvisionnement de cuir avec l’acquisition d’une tannerie italienne Conceria Gaiera Giovanni, en avril dernier. Arthur Jurus complète: «Ce ne sont pas les mêmes données selon les secteurs. Si vous regardez les primes de risque dans les fusions et acquisitions sur le secteur technologique, elles ont encore augmenté. C’est-à-dire que les grands groupes ont du cash, achètent et sont prêts à payer plus chers qu’il y a six mois. Il n’y a pas d’impact Covid notable qui conduirait ces groupes à négocier à la baisse des acquisitions. En revanche, sur d’autres secteurs, tels que les services financiers ou l’énergie, certains groupes en rachètent d’autres mais à des prix plus faibles. Dans le secteur du luxe, les données, donc les acquisitions, ne sont pas encore suffisantes pour se prononcer. Il est donc peut-être possible que LVMH tente de payer une prime de risque moins importante qu’avant le Covid».


La procédure lancée par Tiffany à l’encontre de LVMH s’annonce délicate. Les pressions politiques le sont également. Un deal qui marquera l’histoire, à n’en pas douter, dans les prochaines semaines.

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