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Raffinage de l’or: le leadership suisse face aux enjeux de traçabilité

Cristina D’Agostino

By Cristina D’Agostino04 novembre 2026

La Suisse abrite plusieurs des plus grandes raffineries d’or au monde, grâce à une expertise industrielle et technique stratégique. Dans ce deuxième volet de notre dossier consacré à l’or, Luxury Tribune pousse les portes d’Argor-Heraeus, à Mendrisio, au cœur d’une industrie où la maîtrise du raffinage, la traçabilité du métal, la sécurisation d’approvisionnements plus responsables et les enjeux géopolitiques sont étroitement liés.

Chez Argor-Heraeus SA, raffinerie d'or et fabricant de lingots basé à Mendrisio en Suisse, l'or en fusion est coulé dans des moules destinés à la fabrication de lingots (REUTERS/Pascal Lauener)

2,5 tonnes

Quantité d'or issue de mines responsables raffinée en 2025 par Argor-Heraeus

€40,36 Mia

Chiffre d'affaires du secteur global des métaux précieux du groupe allemand Heraeus en 2025

16 tonnes

Total d'or mongol annuel confié à Argor-Heraeus pour le raffinage (chiffre qui peut varier)

Argor-Heraeus représente près de la moitié du marché des métaux précieux dans la chaîne d’approvisionnement horlogère

Robin Kolvenbach, CEO d’Argor-Heraeus SA

Les grands raffineurs d’or suisses (Argor-Heraeus, Metalor, Valcambi et MKS PAMP) font aujourd’hui partie des poids lourds mondiaux du secteur. Si leurs origines remontent pour certains au XIXe siècle, leur puissance internationale s’affirme à partir de la fin des années 60. L’année 1968 marque un tournant décisif. Cette année-là, à la suite de l’effondrement du London Gold Pool, UBS, la Société de Banque suisse et Credit Suisse mettent en place le Zurich Gold Pool, qui contribue à faire de Zurich une place majeure du commerce mondial de l’or. Les banques suisses, qui détiennent alors des participations dans plusieurs grandes raffineries, organisent une filière intégrée associant négoce, financement, stockage et raffinage. Selon une étude du FMI publiée en 1991, entre 1968 et 1989, les importations suisses d’or représentaient en moyenne près de 65 % de la nouvelle offre mondiale d’or.
L’entreprise Argor-Heraeus, fondée à Chiasso en 1951, est détenue par le groupe allemand Heraeus depuis 2017 (Shutterstock)
La capacité théorique de chacun des raffineurs suisses dépasse aujourd’hui souvent les 1000 tonnes par an. Cependant, les différentes étapes de la traçabilité et du raffinage ne sont pas toutes appliquées avec la même rigueur par les acteurs du secteur: remonter à l’origine du métal, rendre cette information accessible, vérifier la conformité aux règles de «good delivery» de la LBMA, assurer la ségrégation des lots et obtenir un or d’une pureté de 999,9‰. La différence réside souvent dans la transparence des informations concernant la mine d’or extractrice. Ne pas publier toute sa chaîne d’approvisionnement n’est pas nécessairement illégal. En revanche, dissimuler ou falsifier l’origine de l’or peut contrevenir aux règles de la LBMA et aux obligations légales de diligence de la chaîne d’approvisionnement aujourd’hui.
Plonger au cœur d’une raffinerie est dès lors crucial pour comprendre une partie importante de ce processus.
Rendez-vous a été pris chez Argor-Heraeus à Mendrisio pour une visite approfondie. Ce jour-là, la raffinerie accueillait aussi l’ambassadrice de Mongolie en Suisse Davaasuren Gerelmaa et sa consule Sainjargal Enkhtsetseg. Une présence qui n’était pas anodine. En effet, l’enjeu stratégique est central pour ce pays riche de mines d’or et de cuivre, et qui, depuis dix ans, confie à Argor-Heraeus le raffinage de ses 16 tonnes d’or (chiffre qui peut varier) dans le cadre d’un contrat d’exclusivité. L’intérêt? Profiter du très bon statut de la raffinerie suisse auprès de la LBMA (London Bullion Market Association), en qualité et en réputation, qui lui garantit l’accès aux marchés mondiaux. 
En Mongolie, des discussions sont en cours pour aller plus loin et développer des capacités de raffinage nationales, ce qui constituerait un processus s’étalant sur plusieurs années. Outre les infrastructures nécessaires, la mise en place d’une industrie locale du raffinage exigerait de pouvoir retracer l’origine du métal, de gérer les risques associés et d’asseoir sa crédibilité auprès des acheteurs internationaux.

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Un modèle suisse

La raffinerie Argor-Heraeus opère à Mendrisio, en Suisse (Shutterstock)
La place suisse s’est ainsi construite non seulement sur des capacités industrielles, mais sur une combinaison de réglementation, de savoir-faire et de réputation.

Argor-Heraeus s’inscrit dans ce modèle. L’entreprise, fondée à Chiasso en 1951, est détenue par le groupe allemand Heraeus depuis 2017. Ce dernier, propriété de la famille Heraeus, a annoncé dans son rapport financier 2025 un chiffre d’affaires de 43,19 milliards d’euros, en hausse de 46,9 % par rapport à l’année précédente, dont 40,36 milliards provenaient du secteur des métaux précieux. Les deux autres secteurs profitables sont la santé (899,9 millions d’euros) et les semi-conducteurs et l’électronique (793,6 millions).
Robin Kolvenbach, CEO d'Argor-Heraeus (DR)
La raffinerie travaille avec des matières d’origines diverses: rebuts industriels et joailliers, métaux de mines artisanales, de moyenne ou grande échelle selon les provenances et lingots d’investissement. Son activité relie l’amont minier aux marchés financiers, mais aussi aux fabricants de montres et de bijoux. Pour Robin Kolvenbach, CEO d’Argor-Heraeus SA: «Argor-Heraeus représente près de la moitié du marché des métaux précieux dans la chaîne d’approvisionnement horlogère.»
Cependant, Argor-Heraeus respecte la confidentialité. Malgré les plaquettes sur lesquelles un nom de marque genevoise prestigieuse apparaît à l’entrée de la raffinerie, l’entreprise ne divulgue pas les noms de ses clients individuels. Les relations de longue date avec les maisons de joaillerie et d’horlogerie reposent sur la confiance, une autre valeur intrinsèque à la Suisse qui vient compléter les atouts de la place helvétique en matière de métaux précieux.

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