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Pourquoi la Gen Z a-t-elle la FOMO du Studio 54?

Caterina Volontieri

By Caterina Volontieri29 septembre 2026

Paillettes, liberté totale et sélection impitoyable à l’entrée : le Studio 54, boîte iconique du New York des années 70, a fermé ses portes il y a quarante ans, mais son mythe électrise la Gen Z, qui en a fait le symbole absolu de la FOMO.

La boîte de nuit new-yorkaise Studio 54 fascine la nouvelle génération, quarante ans après la fermeture définitive de ses portes (Shutterstock)

Je ressens vraiment cette nostalgie, cette FOMO. J’ai l’impression d’avoir raté quelque chose

Léa, 25 ans

La FOMO, ou fear of missing out, désigne l’angoisse de rater un événement que d’autres vivent en temps réel, avec les réseaux sociaux comme moteur. Mais le phénomène a évolué. On parle aujourd’hui d’une FOMO «rétroactive», ce sentiment d’être né trop tard pour une époque, ou pour un lieu mythique comme le Studio 54. En effet, la boîte de nuit new-yorkaise fascine la nouvelle génération, quarante ans après la fermeture définitive de ses portes. Plusieurs livres et documentaires, comme celui sorti sur Arte cet été, contribuent à renforcer le mythe du club et permettent à la Gen Z d’en parler comme si elle l’avait vécu. Mais comment expliquer toute cette idéalisation, et comment le Studio 54 a-t-il conservé une telle renommée sur le plan international jusqu’à aujourd’hui?

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La porte du paradis

Ronnie, au Studio 54, avec une des serveuses du club (DR)

Steve Rubell était à la porte, debout sur une borne à incendie pour dominer la foule, et c’était vraiment une foule, pas une file, parfois cent à trois cents personnes, selon les soirs

Ronnie, courtier immobilier à New York

Le Studio 54 était un ancien théâtre de Broadway, transformé en discothèque par Steve Rubell, entrepreneur dans la restauration, et Ian Schrager, avocat. Il se situait au 254, West 54th Street, entre Broadway et la 8th Avenue de Midtown Manhattan. Dès le premier jour d’ouverture, le 26 avril 1977, le succès est immédiat. Une première fermeture survient en 1980, après la condamnation de Rubell et Schrager pour fraude fiscale ; le club rouvre sous d’autres propriétaires dès 1981, avant de fermer définitivement en 1986. S’achève alors une époque de liberté totale, celle qui suit la guerre du Vietnam et précède les années Reagan, entre la pilule et le sida.
Plusieurs facteurs expliquent le succès du Studio 54. Un endroit singulier, où se croisaient les stars de la musique, de la mode et du cinéma: Liza Minnelli, Andy Warhol, Cher, Elizabeth Taylor, Truman Capote, Bianca Jagger, Jackie Kennedy, ou encore Yves Saint Laurent, et surtout une importante communauté afro-gay. Selon Ronnie, l’un des principaux courtiers immobiliers de New York et habitué des lieux, aujourd’hui dans la septantaine, l’un des aspects les plus marquants était la sélection à l’entrée. «Steve Rubell était à la porte, debout sur une borne à incendie pour dominer la foule, et c’était vraiment une foule, pas une file, parfois cent à trois cents personnes, selon les soirs.» Il explique que la sécurité y était très stricte, mais qu’une fois pointée du doigt par Rubell, la personne désignée entrait directement dans la discothèque. Le sentiment que l’on éprouvait une fois à l’intérieur? «Électrifiant!», raconte Ronnie. On n’avait jamais vécu une telle atmosphère auparavant, dans aucun autre endroit. Les gens qui restaient à l’extérieur devenaient fous de frustration de ne pas pouvoir entrer. «Entrer était la chose la plus spéciale pour les gens de mon âge, à l’époque», se souvient-il. Il décrit une sorte d’adrénaline en arrivant, la peur que cette fois, Steve ne les choisisse pas.
L'intérieur du Studio 54 (Adam Scull)
Une fois la porte franchie, la musique vous happait. C’était la chose la plus frappante. Au-delà du choix des chansons, la qualité du son était extraordinaire. Les DJ n’utilisaient que des vinyles, pratique que l’on ne voit que rarement dans les boîtes de nuit d’aujourd’hui. Aucun autre lieu public à New York n’avait d’amplificateurs et de haut-parleurs capables de rendre un son aussi exceptionnel pour une salle aussi vaste. Aujourd’hui, malgré toutes les avancées technologiques, un tel son resterait impossible à reproduire selon Ronnie: «Le streaming n’a rien à voir avec le vinyle de l’époque. Depuis le 54, avoir un bon système de son est devenu une tendance dans les clubs, mais rien n’a jamais sonné comme l’original.» À cela s’ajoutaient les lumières, avec des teintes rouges, jaunes, vertes, violettes et bleues, en mouvement constant. Tout le monde dansait, seul, entre amis, avec des inconnus, et pas seulement sur la piste : sur les tables, sur les chaises, mais surtout sur la scène héritée de l’ancien Broadway Theatre. On y voyait des politiciens, des acteurs, des designers. Le statut social n’avait aucune portée à l’intérieur. Tout le monde était lié par le simple fait d’être présent. Un vent de débauche et de désir, de paillettes et de lycra soufflait sur le Studio 54. «Schrager et Rubell formaient une équipe, ils avaient leur propre vision, ils ne copiaient rien, et leur exécution était extraordinaire», poursuit Ronnie.
Steve Rubell et Ian Schrager (Photofest)

1977 contre 2026

À l’époque du studio, les smartphones n’existaient pas encore. C’est en 1994 qu’apparaît le premier exemplaire, 8 ans après la fermeture du club. Pour la Gen Z, qui n’a jamais vraiment connu de jours sans les écrans, il est difficile de comprendre l’état d’esprit dans lequel baignaient les baby-boomers. Ronnie parle d’une «communication à l’ancienne», où l’absence de téléphone n’était pas un choix ou une tendance, mais simplement une réalité. Personne ne pensait à documenter le moment : «Les gens qui entraient étaient là pour socialiser et profiter du moment.» Il est convaincu qu’aujourd’hui, les jeunes ne peuvent pas atteindre le même niveau de divertissement et de bien-être : «On n’a pas le même câblage cérébral qu’à l’époque.»

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