Tribune libre
États-Unis: après les urnes, la bataille pour le sport
Les États-Unis viennent de connaître un véritable séisme politique. La vague bleue démocrate, qui leur a permis de prendre le contrôle des deux chambres du Congrès, porte un coup sévère à l’establishment républicain. L’ampleur de cette défaite est d’autant plus frappante au regard de la puissance financière sans précédent déployée en faveur du camp républicain.
Les comités affiliés aux républicains et les super PACs (comités d’action politique) ont levé plus de 2,2 milliards de dollars, tandis que la machine politique de Donald Trump a bénéficié de plusieurs centaines de millions de dollars de contributions soutenues par des milliardaires, dont Elon Musk. Pourtant, cette concentration exceptionnelle de richesses n’aura pas suffi à acheter la fidélité des électeurs dans les urnes. Alors que Washington se prépare à un nouvel équilibre des pouvoirs, une autre bataille d’influence se dessine, cette fois sur le terrain de l’économie mondiale du sport.
Le Comité olympique et paralympique américain (USOPC) étudie la possibilité de céder une participation dans les droits commerciaux de Team USA, à l’approche des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, avec le concours de la banque d’investissement The Raine Group. Banque d’affaires gérant 2,8 milliards de dollars, Raine intervient à la fois comme conseil dans les grandes transactions et comme investisseur. Parmi les entreprises de son portefeuille figurent la marque britannique de vêtements de sport premium Castore et la plateforme de paris sportifs DraftKings. Le groupe a également conseillé plusieurs opérations emblématiques impliquant Manchester United, Chelsea FC, la WWE et l’UFC. Il évolue ainsi à la croisée du sport, du divertissement et du lifestyle, un univers où les capitaux des milliardaires convoitent des marques dotées d'une portée mondiale exceptionnelle.
Cette initiative rappelle la tentative controversée de Gianni Infantino d’associer Thrive Capital aux activités commerciales de la FIFA, un projet finalement abandonné après une vive opposition portant notamment sur les questions de transparence et de gouvernance.
Pour l’industrie du luxe, le message est sans équivoque: le sport est devenu une classe d’actifs à part entière. À l’instar des maisons de mode ou des marques patrimoniales, les équipes nationales incarnent désormais une identité, un imaginaire aspirationnel et une influence mondiale. Reste une question essentielle: qui peut prétendre posséder ce capital émotionnel?