Et si l’avenir de la cosmétique passait par des soins qui ne sont fabriqués qu’au moment où ils sont appliqués? Avec Duolab, la femme d’affaires suisse Anna Bory mise sur une nouvelle génération de skincare, fondée sur la fraîcheur des actifs, la personnalisation et une technologie capable de contourner certaines contraintes historiques de la formulation.
Duolab mise sur une nouvelle génération de skincare. Ici la machine qui mélange les ingédients (Duolab)
Dans l’univers de la cosmétique, le temps est paradoxalement l’un des principaux ennemis. Une crème doit pouvoir être transportée, stockée et conservée pendant des mois, voire des années. Cette exigence impose des contraintes de formulation et de stabilité, notamment lorsqu’il s’agit d’intégrer des actifs particulièrement sensibles à l’oxydation ou à la dégradation.
C’est précisément ce problème que Duolab entend contourner. Le principe est de conserver séparément les différents composants d’un soin dans des capsules hermétiquement scellées, puis les mélanger au dernier moment dans une machine baptisée Minilab. Deux capsules, une phase aqueuse et une phase huileuse, sont émulsionnées en environ 90 secondes pour donner naissance à une dose de soin fraîchement préparée. La marque revendique plus de vingt brevets autour de cette technologie.
Une crème fabriquée sur l’instant
Anna Bory, CEO de Duolab (Duolab)
L’idée n’est pas nouvelle pour l’industrie. Elle avait déjà attiré l’attention au CES de Las Vegas en janvier 2020, lorsque Duolab, alors start-up du Groupe L’Occitane, avait présenté un système associant machine, capsules et diagnostic cutané. Le dispositif proposait à l’époque trois bases hydratantes et cinq concentrés ciblés, avec la possibilité de générer différentes combinaisons selon les besoins de la peau.
L'intérêt d'un mélange des ingrédients juste avant leur utilisation est l'efficacité maximale des actifs (Duolab)
La presse avait rapidement comparé le concept à un «Nespresso de la beauté». Mais derrière l’image marketing se trouvait une problématique industrielle bien réelle. Comment préserver des actifs fragiles sans leur imposer les contraintes d’un produit cosmétique traditionnel? Le procédé d’émulsification breveté permettait alors de produire une monodose fraîche en 90 secondes, sans conservateurs.
Six ans plus tard, Duolab présente toujours cette philosophie comme le cœur de son modèle. La marque affirme que ses soins sont développés et produits en Suisse et que ses formules sont sans parfum, sans silicone et composées jusqu’à 97% d’ingrédients d’origine naturelle pour ses quatre principaux soins.
Reinold Geiger, l’entrepreneur à l’origine de Duolab
Reinold Geiger est un chef d'entreprise autrichien et ancien directeur général de L'Occitane en Provence (DR)
Derrière cette aventure technologique se trouve notamment Reinold Geiger, l’un des grands entrepreneurs de l’industrie cosmétique contemporaine. Ingénieur diplômé de l’École polytechnique fédérale de Zurich, puis titulaire d’un MBA de l’INSEAD, l’Autrichien commence sa carrière dans l’industrie avant de se tourner vers l’entrepreneuriat et l’emballage haut de gamme.
Avec Duolab, l’idée de mélanger les ingrédients et de les utiliser tout de suite est absolument géniale
Reinold Geiger, entrepreneur à l'origine de Duolab
Il fonde AMS Packaging, spécialisée notamment dans les emballages pour parfums et cosmétiques. Lorsqu’il découvre L’Occitane au début des années 1990, l’entreprise fondée en Provence en 1976 par Olivier Baussan possède déjà une identité forte mais reste encore largement française. Geiger entre à son capital en 1994 et entreprend ensuite de lui donner une dimension internationale, tout en préservant son ADN provençal. Hong Kong, New York, Tokyo, les ouvertures internationales se multiplient et L’Occitane devient progressivement un groupe mondial. Cette culture de l’expansion s’accompagne d’une conviction qui ne l’a jamais quitté: une entreprise doit continuer à se réinventer.
À 79 ans, Geiger revendique toujours cette énergie. «Je pense que, dans la tête, j’ai 25 ans et pas du tout 79», lance-t-il avec humour. Avant d’ajouter: «Quand vous avez la fibre d’entreprendre, c’est une aventure que vous vivez toute votre vie et vous n’avez jamais envie d’arrêter.» Chez lui, l’innovation ne relève donc pas seulement d’une stratégie industrielle. Elle tient presque de l’instinct. «Vous avez tout le temps des idées, de nouveaux projets, et puis vous voulez démarrer et aller jusqu’au bout», explique-t-il. Une philosophie qui permet de comprendre pourquoi, après plusieurs décennies consacrées à la beauté, il s’intéresse encore à une jeune technologie capable de remettre en question les fondamentaux du secteur.
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