Horlogerie & Joaillerie

Cartier célèbre ses icônes horlogères à Genève

Jacqueline Chelliah

By Jacqueline Chelliah06 octobre 2026

Cartier transforme sa boutique du 35, rue du Rhône en un écrin célébrant près de 180 ans de patrimoine horloger. «Watchmaker of Shapes, Master of Crafts» réunit 22 pièces historiques issues de la Collection Cartier, retraçant les liens durables de la Maison avec la Suisse et son rapport singulier à la forme.

Jusqu’au 14 novembre 2026, Cartier ouvre les portes de sa boutique du 35, rue du Rhône grâce à «Watchmaker of Shapes, Master of Crafts» (Victor & Simon - Sophie Tajan)

L’idée est de montrer Cartier comme un horloger des formes et des savoir-faire [...] Nous voulions faire une sélection qui n’avait encore jamais été présentée de cette manière

Pascale Lepeu, directrice de la Collection Cartier

Genève est bien plus qu’un simple décor pour la nouvelle exposition horlogère de Cartier: elle fait partie de l’histoire. Jusqu’au 14 novembre 2026, Cartier ouvre les portes de sa boutique du 35, rue du Rhône grâce à «Watchmaker of Shapes, Master of Crafts», une exposition intimiste consacrée à l’identité horlogère de la Maison et à ses liens historiques avec la Suisse.
Conçue à l’occasion du 10e opus de Cartier Privé, l’exposition réunit 22 montres historiques couvrant plus d’un siècle de création, des premières années du XXe siècle aux années 2010.

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Quand la forme devient un langage

Chez Cartier, l’histoire d’une montre commence souvent avant même son mouvement. Elle commence par une forme. La Tank, la Tortue, la Tonneau, la Cloche ou encore la Crash ne sont pas de simples boîtiers abritant un mécanisme: ce sont des signatures. Au fil des décennies, la Maison a transformé la géométrie en un vocabulaire créatif immédiatement reconnaissable, faisant du design l’un de ses plus puissants moyens d’expression.
À gauche, une montre-bracelet Santos de 1926 en Or jaune et or rose. À droite, trois modèles Tank, dont une pièce particulièrement rare: l’une des toutes premières Tank, modèle produit par
Cartier dès 1919 (Victor & Simon - Sophie Tajan)
La scénographie de l’exposition fait écho à cette philosophie. Or brossé, essences de bois chaleureuses, silhouettes galbées et jeux de lumière soigneusement maîtrisés composent un univers inspiré de l’esthétique horlogère de Cartier. À l’intérieur, les visiteurs découvrent des montres qui témoignent de la manière dont design, savoir-faire et innovation technique se sont constamment rencontrés autour d’une même idée: créer une forme singulière.
C’est sans doute l’un des paradoxes les plus fascinants de Cartier. La Maison est à la fois joaillière et horlogère, et ses montres se situent précisément à la frontière entre ces deux disciplines. Chez Cartier, la beauté n’est pas ajoutée à la technique, les deux sont pensées ensemble.
Pascale Lepeu, directrice de la Collection Cartier, décrit la philosophie de l’exposition comme un parcours à travers les principales formes de la Maison. «L’idée est de montrer Cartier comme un horloger des formes et des savoir-faire, explique-t-elle. Nous voulions faire une sélection qui n’avait encore jamais été présentée de cette manière.» De la Santos à la Tank, en passant par la Tonneau, la Tortue ou la Crash, l’exposition traverse ainsi quelques-unes des silhouettes qui ont défini l’identité horlogère de Cartier.

Une collection conçue pour préserver et transmettre

Pascale Lepeu, directrice de la Collection Cartier (Cartier)

Ma mission, c’est principalement de garder un patrimoine extraordinaire

Pascale Lepeu, directrice de la Collection Cartier

Peu de personnes sont mieux placées que Pascale Lepeu pour raconter cette histoire. Née à Paris et installée en Suisse depuis le début des années 1990, elle rejoint la Collection Cartier en 1993, travaillant d’abord aux côtés d’Eric Nussbaum, son premier directeur et un expert joaillier de renommée internationale. Elle lui succède comme conservatrice en 2003 et consacre depuis plus de trois décennies son travail à documenter, préserver et enrichir le patrimoine de la Maison.
Son parcours commence presque par hasard. Alors qu’elle travaille pour une agence de publicité genevoise, elle rencontre Eric Nussbaum à l’occasion d’un projet de catalogue. «L’année suivante, j’ai vu une annonce dans le journal et j’ai postulé pour travailler à la Collection Cartier, raconte-t-elle. Et c’est comme ça que je suis entrée dans la Collection Cartier.» Ce qui suit deviendra une véritable mission de vie.
«Ma mission, c’est principalement de garder un patrimoine extraordinaire, explique Pascale Lepeu. Chaque année, nous avons la chance de racheter des pièces pour la Collection, des pièces très importantes comme de petits objets, des montres, des bijoux, des pendules, des étuis à cigarettes ou des vanity cases. Au fil des ans, cela constitue un patrimoine extraordinaire et très varié.»
Fondée en 1983, la Collection Cartier compte aujourd’hui plus de 3500 créations, des bijoux aux montres en passant par les objets précieux. Ses collections horlogères comprennent à elles seules environ 1350 montres et pendules, dont près de 1000 montres-bracelets. Mais Pascale Lepeu refuse de considérer la Collection comme une archive figée dans le temps. «C’est un patrimoine vivant, souligne-t-elle. Il n’est pas seulement destiné à être exposé, mais surtout à être partagé et à montrer l’histoire de Cartier.»
Cette philosophie explique pourquoi la Collection est devenue une ressource pour les musées, les chercheurs, les designers et les artisans du monde entier. Cartier prête régulièrement ses pièces à des expositions internationales, tandis que la Collection continue elle-même de s’enrichir.

L’archive derrière l’objet

Derrière chaque montre historique Cartier se cache une autre histoire: celle de sa documentation, qui permet de comprendre avec précision son origine, sa date de création et les transformations qu’elle a pu connaître. Les archives Cartier jouent un rôle essentiel dans ce travail.
«Nous avons eu la chance, dans les années 1980, d’avoir des personnes qui ont compris l’importance de tous ces papiers et de toutes ces photographies et qui ne les ont pas jetés», raconte Pascale Lepeu. L’engagement de la Maison envers la documentation remonte toutefois à bien plus loin. Louis Cartier lui-même nourrissait une véritable obsession pour la conservation des traces liées aux créations de la Maison, allant jusqu’à faire dupliquer et photographier certains documents.
Cette mémoire documentaire peut transformer la compréhension d’une montre. Elle permet d’en établir la date, de vérifier son état d’origine et d’identifier d’éventuelles modifications ultérieures, qu’il s’agisse de pierres remplacées, de signatures ou de composants. «Cela ajoute énormément de valeur à nos objets de pouvoir les dater précisément», explique la curatrice.
L’exposition crée également un pont entre le passé et le présent de Cartier à travers le 10e opus de Cartier Privé (Victor & Simon - Sophie Tajan)
Mais la documentation ne sert pas uniquement à authentifier les pièces. Elle permet aussi de reconstruire une histoire créative. Et l’histoire de Cartier, telle qu’elle apparaît à travers sa Collection, dépasse largement celle de l’horlogerie. Comme le souligne Pascale Lepeu, les expositions permettent également de découvrir «l’évolution des arts décoratifs, l’évolution des femmes et leur émancipation.»

L’émotion de toucher aux origines

Cela ajoute énormément de valeur à nos objets de pouvoir les dater précisément

Pascale Lepeu, directrice de la Collection Cartier

Le modèle Tank de 1920 (Marian Gérard, Collection Cartier)
Parmi les 22 montres présentées à Genève, l’une d’elles suscite une émotion particulière chez la directrice de la Collection: une Tank datant de 1920. À ses débuts, le modèle était simplement appelé Tank. Le qualificatif «Normale» est apparu plus tard, lorsque les différentes déclinaisons ont rendu nécessaire une distinction entre les modèles. Pour la conservatrice, retrouver une montre aussi proche de la naissance d’un modèle constitue une expérience à part. «L’émotion la plus forte pour moi, c’est quand on arrive à trouver une montre la plus proche possible de sa date de création, confie-t-elle. Nous avons une Tank de 1920, et c’est vraiment l’une des toutes premières. C’est extrêmement rare.»
La portée de cette pièce dépasse sa seule ancienneté. Les premières Tank ont été commercialisées à la fin de l’année 1919. Une montre datant de 1920 se situe donc presque au moment même de la naissance de l’un des designs les plus influents de l’histoire horlogère du XXe siècle. Plus d’un siècle plus tard, sa silhouette n’a pourtant rien perdu de sa modernité. C’est l’un des thèmes essentiels de l’exposition genevoise: la capacité de Cartier à créer des formes qui appartiennent à leur époque tout en semblant échapper au temps.

De Cartier Privé vers le futur

Montre-bracelet Crash, 1990, platine et or rose (Victor & Simon - Sophie Tajan)
L’exposition crée également un pont entre le passé et le présent de Cartier à travers le 10e opus de Cartier Privé. Lancée en 2015, la collection Cartier Privé a été conçue comme un laboratoire permettant de revisiter les créations les plus emblématiques de la Maison. Au cours de la dernière décennie, elle a exploré la Crash, la Tank Cintrée, la Tonneau, la Tank Asymétrique, la Cloche, la Tank Chinoise, la Tank Normale, la Tortue et la Tank à Guichets.
Pour son 10e opus, Cartier revient à trois de ces formes iconiques: la Tank Normale, la Tortue Chronographe Monopoussoir et la Crash Squelette. Toutes trois sont réalisées en platine, un matériau profondément associé à l’histoire de Cartier, et ponctuées des accents bordeaux caractéristiques de la Maison. Le platine n’est pas simplement un choix esthétique contemporain. Il appartient à l’ADN historique de Cartier, notamment au début du XXe siècle, lorsque la Maison contribue à faire du platine un matériau emblématique de la joaillerie moderne.

Un patrimoine qui appartient à l’avenir

Pascale Lepeu explique que la partie la plus gratifiante de son métier n’est peut-être pas tant d’acquérir des pièces rares que de trouver les moyens de les transmettre. «Cela ne nous appartient pas, dit-elle à propos de la Collection. C’est pour le futur.»
Cette idée donne à «Watchmaker of Shapes, Master of Crafts» une résonance particulière à Genève. Les montres présentées sont des objets historiques, mais elles ne sont pas exposées comme des reliques. Elles deviennent au contraire les témoins d’un dialogue créatif permanent. «Tous ces modèles ont été créés il y a plus de 100 ans et nous les portons encore aujourd’hui. C’est quand même extraordinaire.»
C’est peut-être là que réside la définition la plus juste du rapport de Cartier au temps. La Maison ne se contente pas de le mesurer, elle lui donne une forme. Intemporelle.
Une inscription à la visite peut être réalisée sur le site internet de Cartier.

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