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L’AOC ou le pouvoir des bulles

Cristina D’Agostino

By Cristina D’Agostino09 juillet 2021

Gruyère, champagne, crème de Cassis, les appellations d’origine contrôlée sont régulièrement au cœur de querelles qui enflamment les discussions bilatérales entre pays, voire mondiales lorsque l’OMC est appelée à trancher. C’était encore le cas le 5 juillet dernier avec la signature surprise par le président russe Vladimir Poutine d’une nouvelle loi nationale obligeant les producteurs de marques de champagne français à inscrire sur la contre-étiquette, placée au dos de la bouteille, la mention «vin pétillant» et non plus «champagne», en cyrillique. L’ironie étant que le mot «champanskoïé» peut, lui, figurer au dos de la bouteille des vins pétillants produits en ex-URSS.

Si sa technique d’élaboration est très différente de la méthode champenoise - une prise de mousse en flux continu-, le «Sovetskoye Shampanskoye» (moins onéreux que le premier champagne russe élaboré par le Prince Golitsyn en 1900) date tout de même de 1937 et s’est taillée une belle part dans les habitudes de consommation russe. D’ailleurs, la Russie ne se classe que 15ème au rang des pays importateurs de champagne français pour un total de 35 millions d’euros, contre 500 millions d’euros pour les Etats-Unis*.

Conclusion de «l’affaire des bulles»? Les 244 millions de bouteilles de champagne français exportées dans le monde pour un total de 4,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires représentent bien sûr un contre-poids important. Mais il est clair que la tendance au protectionnisme augmente ces dernières années et les produits AOC deviendront à l’avenir des arguments de pouvoir puissants.

Quant à savoir la raison exacte de cette soudaine décision venue du Kremlin, elle est peu claire. La seule information parue sur le site de l’agence TASS fait état d’une diminution de 37,5% de la production russe de vins mousseux et de champagne entre janvier et juin 2021 par rapport à la même période en 2020 et s'est élevée à 3,72 millions de décalitres, selon l'Union nationale de protection des droits des consommateurs. La production totale de vins russes a, elle, baissé de 10,2% à 27 millions de décalitres de janvier à juin 2021. Une manière d’inciter la production de vins mousseux russes à repartir ?

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