Mode

Brigitte Bardot, en femme libre, inspira la mode

Eva Morletto

By Eva Morletto29 décembre 2025

Actrice mythique, symbole absolu de la féminité française, Brigitte Bardot vient de disparaître. Elle fut bien plus qu’une star de cinéma. Elle inspira la mode.

Brigitte Bardot incarnait en 1963 Camille, ci-dessus, dans le film "Le Mépris" de Jean-Luc Godard (DR)

Icône mondiale révélée par le film de Roger Vadim «Et Dieu… créa la femme», Brigitte Bardot incarna une France sensuelle, solaire et indisciplinée, avant de se réinventer en militante déterminée pour la cause animale. Peu de figures auront à ce point façonné l’imaginaire collectif, influençant à la fois le cinéma, la société, ainsi que le luxe et la mode, de manière durable.

Liberté, simplicité, sensualité

Contrairement à beaucoup d’égéries contemporaines, Bardot ne “portait” pas le luxe: elle l’inspirait. Elle imposa une vision radicalement nouvelle de l’élégance, fondée sur la liberté, la simplicité et une sensualité naturelle. Cette attitude a profondément marqué les maisons françaises et internationales, en contribuant à alimenter le concept de «luxe à la française». Grace à elle, certaines pièces ordinaires se sont transformées en icônes absolues; sans elle, par exemple, les ballerines Repetto ne seraient pas devenues un incontournable de la garde-robe féminine. En 1956, l’actrice du «Mépris» demande à Rose Repetto d’adapter un chausson de danse pour la ville. Le modèle Cendrillon, porté entre autres dans «Et Dieu créa la femme», devient ainsi un mythe. La maison Repetto estime avoir vendu plus de 2 millions de paires de ballerines Cendrillon depuis leur création, faisant de cette chaussure l’un des plus grands succès commerciaux du luxe français accessible.

Brigitte Bardot porte le modèle Cendrillon de Repetto, une ballerine de ballet adaptée à la ville. La maison française estime en avoir vendu plus de 2 millions de paires depuis sa création (DR)

Le col Bardot dévoilant les épaules, autre détail «signature» dans la garde-robe de la muse, sera repris régulièrement par Azzedine Alaïa, Saint Laurent, puis Jacquemus. Le même destin glorieux sera réservé aux carreaux vichy: lorsqu’elle se marie en 1959 dans une robe vichy rose, Brigitte Bardot propulse ce tissu populaire dans le champ de la mode. Des décennies plus tard, Miuccia Prada le réinterprètera  dans des sacs et accessoires, notamment en jacquard, comme ceux imaginés pour sa collection estivale en 1988.

L’actrice aimait dévoiler sa crinière blonde, retenue parfois à peine avec un bandeau; ce style bohème très Seventies influença des maisons comme Chloè ou encore Saint Laurent. Idem pour le panier en osier et les sandales en style «tropezien»: Bardot fut capable de faire entrer les accessoires de plage dans la mode urbaine, de manière inédite. Le panier deviendra ainsi un objet désirable, repris par Saint Laurent, Loewe, Prada ou encore Jacquemus. Les sandales plates, quant à elles, se sont vite transformées en symbole durable du luxe estival décontracté.

Karl Lagerfeld voit en elle une nouvelle féminité

Le créateur Karl Lagerfeld fut l’un des premiers à comprendre que Brigitte Bardot incarnait une nouvelle féminité. Dans les années 1960, alors qu’il travaille pour Chloé, il crée pour elle plusieurs robes courtes, fluides et sensuelles, pensées pour accompagner le mouvement du corps plutôt que le contraindre. Les tenues de l’actrice contribuent ainsi à imposer une élégance débarrassée des carcans de la haute couture traditionnelle.

Plus tard, Lagerfeld évoquera souvent Bardot comme l’archétype de la femme française libre, une figure fondatrice de ce qu’il appellera le «chic sans effort.»

Son influence dans l’univers du luxe ne se limite d’ailleurs pas qu’à la mode.

En s’installant à Saint-Tropez dans les années 1950, après avoir acheté la villa «La Mandrague», où elle essaiera à partir des années 70 de vivre cachée loin de la presse et de la mondanité, Brigitte Bardot a transformé ce  village de pêcheurs provençal en capitale mondiale du glamour.

Sa présence a attiré artistes, milliardaires et maisons de luxe, en faisant grimper les prix de l’immobilier et en attirant les entrepreneurs de l’hôtellerie haut de gamme. Certains quartiers du bourg pittoresque proposent aujourd’hui des appartements et des maisons qui dépassent en moyenne les 25 000 euros au mètre carré, ce qui est au-dessus des prix de la capitale. Dans certains secteurs, comme les plages de Pampelonne, les prix peuvent atteindre désormais les 50 000 euro au mètre carré, participant à la rareté de biens d’un marché désormais verrouillé et réservé aux grandes fortunes internationales. 

Le mythe Bardot est toujours vivant et le restera longtemps. La muse de Vadim, Gainsbourg et Godard a prouvé qu’une femme pouvait influencer durablement la mode mondiale sans jamais suivre les tendances, simplement en étant elle-même, en demeurant l’incarnation d’un luxe à la française instinctif, charnel, indiscipliné et éternel.

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