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Haute Couture à Paris 2026: l’Afrique c’est chic!

Isabelle Cerboneschi

By Isabelle Cerboneschi02 juillet 2026

Il y a treize ans, il était le premier couturier d’Afrique subsaharienne à intégrer le calendrier de la semaine de la haute couture à Paris. Cette année encore, Imane Ayissi présentera sa collection automne-hiver 2026-2027 du 6 au 9 juillet prochain. L’occasion de revenir sur son univers singulier, à la croisée de la haute couture et des traditions textiles africaines.

Cette année encore, Imane Ayissi présentera sa collection automne-hiver 2026-2027 du 6 au 9 juillet prochain à Paris (Andrea Adriani)

Ce qui est enthousiasmant dans les défilés d’Imane Ayissi, au-delà de ses collections, c’est l’ambiance: les invités regardent vraiment les robes et les mannequins, ils applaudissent, s’exclament, comme c’était le cas avant l’avènement des réseaux sociaux.

Si certains pensent qu’Imane Ayissi a une chance folle de défiler à Paris, son histoire personnelle dément cela. Né au Cameroun en 1968, il a grandi dans un environnement chahuté. Son père, Jean-Baptiste Ayissi, ancien champion d’Afrique de boxe anglaise devenu homme politique, fut emprisonné alors qu’Imane n’était encore qu’un enfant. Sa mère, Julienne, première Miss Cameroun élue après l’indépendance en 1960, travaillait comme hôtesse de l’air. «Une beauté naturelle, dont le passage à l’aéroport de Yaoundé attirait la foule», se souvient-il. Sur les dix enfants qu’elle a mis au monde, seuls cinq ont survécu. Lorsqu’elle fut à son tour emprisonnée pendant deux ans et demi, la fratrie se retrouva livrée à elle-même.

Imane Ayissi (Stéphane de Bourgies)

«J’ai vendu des arachides avec mes sœurs pour pouvoir m’acheter des cahiers», raconte Imane Ayissi. Contraint de travailler très jeune, il doit quitter l’école à l’âge de onze ans. La danse devient alors une échappée belle et un moyen de subsistance. Son frère aîné, Ayissi Le Duc, futur danseur et chorégraphe de renom, fonde une troupe familiale dans laquelle se produisent Imane, sa sœur cadette Chantal Ayissi, chanteuse et danseuse, ainsi que plusieurs cousines. «Cela nous a sauvés», confie-t-il. À 17 ans, il intègre le Ballet national du Cameroun. Les tournées européennes s’enchaînent, suivies d’une apparition lors de la Coupe du monde de football de 1990 au sein de l’équipe camerounaise, puis de la tournée Saga Africa de Yannick Noah en 1992. Peu à peu, une autre passion s’impose: la mode.

En 2020, Imane Ayissi devient le premier couturier d’Afrique subsaharienne invité au calendrier officiel de la Fédération de la haute couture et de la mode à Paris. Une consécration obtenue à force de persévérance pour cet autodidacte. «Mon premier défilé parisien remonte à 1993. J’avais réalisé cent vingt robes à pois!» raconte-t-il en riant. Dans une petite chambre de bonne de la rue de Cléry, il cousait la nuit, car il était mannequin le jour. Il devait distribuer lui-même ses invitations en les glissant dans les boîtes aux lettres de ses contacts. «La plupart ne venaient même pas!» Mais il en fallait plus pour doucher ses espérances et l’empêcher de croire que la mode était son destin.

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Révéler l’envers du décor

En janvier dernier, pour présenter sa collection printemps-été 2026, il a choisi de dévoiler l’envers du décor. En tout cas une partie. Il a montré ce que l’on ne peut voir qu’en backstage: l’habillage, le choix des bonnes chaussures pour la tenue, les ratés, le vêtement qui ne veut pas se fermer et qui ira défiler quand même. Entre matières traditionnelles africaines, cotons bruts, tissages, kente du Ghana et soies peintes à la main qui rappellent Mark Rothko, la collection raconte le chemin que prend l’esprit quand il crée.

Assise au premier rang, Maria Lourdes, l’une de ses fidèles clientes, arborait un châle orange vif ourlé de franges en raphia spectaculaire, issu de la collection automne-hiver 2025-26 : «Les collections d’Imane Ayissi sont super originales! Je suis à moitié camerounaise et à moitié grecque et j’ai une passion pour le raphia! En tant qu’architecte d’intérieur, je l’utilise beaucoup.»

Maria Lourdes, l’une des fidèles clientes d'Ayissi, arborait un châle orange vif ourlé de franges en raphia spectaculaire, issu de la collection automne-hiver 2025-26 (Isabelle Cerboneschi)

Si certaines tenues signées Imane sont facilement reconnaissables dans l’assemblée, d’autres sont plus discrètes, comme ce manteau taillé dans un tissu fabriqué au Togo porté par une autre cliente. «Je connais Imane Ayissi depuis plus de vingt ans ; je le suis depuis ses débuts, confie-t-elle. J’étais une jeune journaliste à l’époque et je n’avais pas les moyens d’acheter ses vêtements, mais aujourd’hui je suis la vice-présidente d’une entreprise de communication en Afrique et je peux m’offrir ses pièces. Je viens du Congo – de Kinshasa – et je suis profondément marquée par le continent africain, mais, comme Imane, j’ai aussi vécu ailleurs et j’aime retrouver dans ses collections ce mélange de rigueur de la couture et les connotations africaines. Imane a su garder les couleurs, la gaité de l’Afrique. Il valorise le travail des artisans africains. Par exemple, le manteau que je porte aujourd’hui a été fabriqué dans une matière qui a été tissée en Afrique. J’achète les collections d’Imane non seulement par goût, mais aussi avec une arrière-pensée politique. Chez nous, dans la culture Luba (une société bantoue d’Afrique centrale établie principalement en République Démocratique du Congo, ndlr) on utilise cette matière pour faire des velours du kasaï – des étoffes traditionnelles en raphia brodées par le peuple Kuba. Imane, lui, utilise le raphia de manière moderne et non pour réaliser des tenues tribales. On n’a pas l’air d’être déguisée en Imane. On me dit que je suis chic, mais l’Afrique est chic!»

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